7.5, bientôt 8 millions de
snowboardeurs, télémarkeurs, skieurs, monoskieurs, skwaleurs,
dévalent chaque année les pistes françaises, dont le nombre
n’augmente pas sensiblement. Et pourtant, si l’on en croit
l’association des médecins de montagne, le risque d’accident aux
sports d’hiver demeure stable depuis une dizaine d’années. Mais ce
n’est pas une raison pour être fier. Des accidents, il y en a encore
trop, et l’on voit bien souvent des glisseurs, jeunes ou vieux, à
une, deux (ou trois ?) planches adopter des comportements malpolis,
grincheux ou tout simplement dangereux. Sapristi £#§ ! ! On est en
vacances, non ? On vient pour s’amuser, pas pour s’énerver
!

Alors, quand on est nombreux, il faut parfois
accepter de respecter quelques règles. A cette intention, la FIS
(Fédération Internationale de Ski) a édité un document qui constitue
les 10 commandements de tout usager des pistes. On peut se le
procurer sous forme de fascicule dans toutes les bonnes crémeries,
ou le consulter sur les murs de la plupart des stations. Mais le
plus simple est encore de lire la suite de cet article, puisque on a
fait pour vous, comme d' habitude, une partie du travail.
Explication de texte.
Où ça, pour qui et pourquoi
?
Tout d’abord, ces règles ont été
élaborées à l’intention de tous les usagers des pistes, sans
exception. Par exemple, si vous êtes en bob, en raquettes, ou en sac
poubelle, vous êtes également concerné. Ensuite, elles s’appliquent
avant tout sur les itinéraires balisés et ouverts, ceux-là même où,
en raison du trafic plutôt dense, les risques d’interactions avec
d’autres personnes sont élevés. Hors des itinéraires balisés,
c’est-à-dire hors-piste, d’autres risques apparaissent. Il faut
alors respecter quelques précautions supplémentaires en plus de ces
règles de conduite sur piste.
Une bonne analogie consiste à imaginer qu’un
itinéraire à ski est semblable à un itinéraire routier : la piste de
ski étant une voie ouverte au public, aménagée, balisée, damée,
entretenue, contrôlée et mise à l’abri des dangers de la montagne
par l’exploitant du domaine skiable, elle est comparable à une
route. Les 10 règles qui vont suivre, sont donc l’équivalent du code
de la route du skieur. Cependant, on n’est pas obligé d’attendre de
voir un gendarme pour penser à les appliquer, d’autant plus que
seules quelques rares stations ont donné aux pisteurs le pouvoir de
retirer son forfait à qui les méprise de manière flagrante. C’est
donc l’affaire de chacun, vous et moi y compris. Pas d’affolement :
elles n’ont rien de bien contraignant, puisqu’elles ne sont que le
fruit du bon sens et de la courtoisie les plus élémentaires. Chacun
trouvera sans difficulté sa manière personnelle de les appliquer.
Adieu les collisions et autres accidents bêtes, bonjour la sérénité
et la détente…

REGLE 1 : RESPECT D'AUTRUI
" Les usagers des pistes doivent se comporter
de telle manière qu'ils ne puissent mettre autrui en danger ou lui
porter préjudice soit par leur comportement soit par leur matériel.
"
Constatation : je ne suis pas le roi de la
piste. Avant de prendre une décision, de tourner, de m’arrêter ou de
redémarrer, je regarde autour de moi et j’évalue les trajectoires
des autres usagers. Attention : ces trajectoires peuvent être très
différentes de la mienne. Elles dépendent fortement du niveau du
glisseur et du type de sport pratiqué. Aux deux extrêmes, on trouve
les skieurs qui tirent des schuss droit dans la ligne de pente, et
les snowboardeurs qui remontent dans la pente pour boucler de beaux
Vitelli turns.

REGLE 2 : MAITRISE DE LA VITESSE ET
DU COMPORTEMENT
" Tout usager des pistes doit adapter sa
vitesse et son comportement à ses capacités personnelles ainsi
qu'aux conditions générales du terrain et du temps, à l'état de la
neige et à la densité du trafic. "
J’évite d’aller me perdre dans une piste trop
raide pour moi. Au contraire, si je suis très fort et que je dois
emprunter une piste pour débutants, je ralentis afin d’adopter une
vitesse proche de la leur. Je ralentis également dans les cas
suivants :

REGLE 3 : CHOIX DE LA DIRECTION PAR CELUI QUI
EST EN AMONT
" Celui qui se trouve en amont a une position
qui lui permet de choisir une trajectoire ; il doit donc faire ce
choix de façon à préserver la sécurité de toute personne qui est en
aval. "
Je regarde loin devant moi de manière à
anticiper les évolutions futures de ceux qui se trouvent en aval,
qu’ils soient immobiles ou non. Je dois donc apprendre à distinguer
un piquet en bordure de piste d’un skieur immobile : si le premier
ne se déplace pas de manière sensible au cours de la saison, en
revanche le second peut très bien me démarrer sous le
nez.

REGLE 4 : DEPASSEMENT
" Le dépassement peut s'effectuer par l'amont
ou par l'aval, par la droite ou par la gauche ; mais il doit
toujours se faire de manière assez large pour prévenir les
évolutions de celui que l'on dépasse. "
Je prévois une distance de sécurité suffisante.
Je ne suis pas chez le barbier : j’évite de raser les moustaches de
celui (ou celle) que je dépasse.

REGLE 5 : AU CROISEMENT DES PISTES OU LORS D'UN
DEPART
" Après un arrêt ou à croisement de pistes,
tout usager doit, par un examen de l'amont et de l'aval, s'assurer
qu'il peut s'engager sans danger pour autrui et pour lui.
"
Si je cherche à m’insérer dans le trafic, je le
fais de manière à ne pas gêner la conduite de ceux qui s’y trouvent
déjà. C’est comme en voiture : je ne quitte le parking que quand la
voie est libre.

REGLE 6 : STATIONNEMENT
" Tout usager doit éviter de stationner dans
les passages étroits ou sans visibilité ; en cas de chute, il doit
libérer la piste le plus vite possible. "
L’analogie avec la conduite routière est encore
bien utile : de même que je ne gare pas ma voiture ni sur la voie de
gauche sur l’autoroute, ni derrière un virage sur une route de
montagne, ni en plein milieu d’une ruelle encombrée, je choisis
judicieusement l’endroit où je m’arrête sur les pistes : je dois
pouvoir y être vu de loin par les usagers qui viennent de
l’amont.

REGLE 7 : MONTEE ET DESCENTE A PIED
" Celui qui est obligé de remonter ou de
descendre une piste à pied doit utiliser le bord de la piste en
prenant garde que ni lui, ni son matériel ne soient un danger pour
autrui. "
Sur les pistes, il n’y a pas de trottoir pour
les piétons. Alors, en tant que piéton, je reste attentif ! Par
exemple, après une chute, j’évite toute précipitation pour aller
rechercher le matériel que j’ai perdu. Symétriquement, c’est assez
sympa d’éviter le marathon de la montée à celui qui est tombé juste
en aval de vos spatules. Je me fends de deux virages supplémentaires
pour lui rapporter son matériel.

REGLE 8 : RESPECT DE L'INFORMATION,
DU BALISAGE ET DE LA SIGNALISATION
" L'usager doit tenir compte des informations
sur les conditions météorologiques, sur l'état des pistes et de la
neige. Il doit respecter le balisage et la signalisation.
"
Au contraire des panneaux routiers, qui sont
partout identiques, la signalisation sur piste dépend de chaque
station. J’apprends alors à reconnaître les injonctions à la
prudence, les mises en garde annonçant les obstacles ou les passages
verglacés, et surtout je respecte les interdictions. Si elles ont
été placées là par le service des pistes, ce n’est pas par hasard !
Une piste fermée n’est ni plus ni moins qu’un hors-piste.

REGLE 9 : ASSISTANCE
" Toute personne témoin ou acteur d'un accident
doit prêter assistance, notamment en donnant l'alerte. En cas de
besoin, et à la demande des secouristes, elle doit se mettre à leur
disposition. "
Si je me suis blessé, j’attends calmement
l’arrivée des secours.
Si je suis témoin, je descends à la plus proche
cabane de pisteurs ou je téléphone au centre de secours. Avant de me
précipiter, j’observe bien l’endroit exact de l’accident et le
nombre de victimes. A cet instant, disposer sur soi d’un plan des
pistes peut s’avérer particulièrement secourable. S’il y a d’autres
témoins, l’un balise le lieu en amont, à l’instar du triangle rouge
que l’on sort du coffre de sa voiture, tandis qu’un autre demeure
auprès de l’accidenté pour lui parler en attendant l’arrivée des
secours.

REGLE 10 : IDENTIFICATION
" Toute personne, témoin ou acteur d'un
accident est tenue de faire connaître son identité auprès du service
de secours et/ou des tiers. "
Le matin, avant de partir, je glisse un papier
d’identité dans une poche de ma tenue. C’est juste pour pallier les
trous de mémoire et la prononciation hasardeuse due au froid et à
l’émotion !

Ce qui n’est pas dit par la
FIS
Les règles ci-dessus, destinées aux pistes,
sont encore valables dans les files d’attente ! Respect d’autrui,
maîtrise du comportement, tactiques de dépassement et choix de
stationnement demeurent d’actualité.
De plus, ces 10 règles ne préviennent qu’en
partie les heurts qui peuvent naître de la promiscuité entre les
différents usagers. Alors gardons ceci à l’esprit : si chacun se
comporte à la montagne d’une manière qui lui est propre, les
motivations sont universelles. On y va pour le bon air (à prononcer
avec l’accent, en roulant les " r "), et pour le plaisir. Ou alors
on est obligé d’y aller, mais là c’est qu’on est moniteur ou
pisteur. La tolérance et le respect sont des valeurs primordiales
pour profiter à fond d’une journée en montagne. La compétition et
l’agressivité, laissons-les aux compétiteurs. Un papy dont les
genoux s’entrechoquent à chaque virage ? Total respect. Une bande de
jeunes bruyante assise en bordure de piste ? Salut les gamins ! Un
sourire et un mot gentil sont toujours les bienvenus lorsque l’on
s’arrête côte à côte. Ne les réservons pas à l’Apollon en anorak de
l’école de ski ou à la déesse à pantalon large.
Euuuuh. Salut, poupée ?

Texte: Pour Caroline - Laurent Schillinger
Dessins : FIS