Aux
sports d'hiver avec des enfants ?
Nous
avons parlé, dans un autre article, de l'initiation
des enfants au ski. Mais qu'en est-t-il de l'enfant dans le
grand monde des sports d'hiver ? Une question toute légitime
se pose à vous : est-ce vraiment une bonne idée
? Voici quelques éléments de réponse

Les sports d’hiver et l’enfant

Photo OT Flims |
1.Quels sports pratiquer ?
*
Le ski alpin est le plus traditionnel. Il permet d'acquérir
des sensations de glisses en toute indépendance des
jambes. Il est possible de débuter dès l'âge
de 3 ans, mais sans bâtons. Ce n'est que lorsque l'enfant
aura acquis un niveau technique lui permettant de tourner
et de s'arrêter que l'on pourra lui faire prendre des
bâtons.
* La luge est une activité ludique plus qu'un sport
pour l'enfant. La maîtrise de la direction et de la
vitesse doivent être acquises avant de laisser l'enfant
évoluer seul. Sans cela, le risque d'accidents demeure
réellement élevé.
* Le snowboard : ce sport récent remporte un réel
succès chez les jeunes. La preuve : dans certaines
tranches d'âge, on dénombre plus de surfeurs
que de skieurs ! Les débuts en surf peuvent se faire
dès l'âge de 5 ans.
* Le ski de fond : le ski nordique se pratique dès
le plus jeune âge, surtout dans son mode traditionnel
: le pas alternatif. L'apprentissage de la technique plus
récente du skating, plus performante, doit se faire
un peu plus tard, car elle nécessite une bonne indépendance
des jambes.
* La randonnée à skis (ou peaux de phoques)
: ski nordique à la montée et ski alpin à
la descente, c'est le 4x4 des sports d'hiver. Il s'agit sans
aucun doute du sport de glisse dont l'apprentissage se produit
le plus tard, car il nécessite une endurance solide
et d'être un skieur alpin passe-partout.
* La raquette : ce sport permettant de pratiquer la randonnée
sur neige est accessible également dès le plus
jeune âge, à condition que la distance et la
difficulté soit adaptée aux petites jambes de
l'enfant.
* Le télémark : c'est l'ancêtre nordique
du ski alpin. Le déclenchement des virages, avec une
fente et une flexion de genou prononcée, est plus exigeant
physiquement que celui de sa descendance. L'enfant tenté
par cette discipline peut s'y adonner sans risque particulier
dès l'âge de 6 ans.
* Le patin à glace : comme le ski, le patin peut être
commencé très jeune. La progression des enfants
est rapide, elle leur permet d'acquérir des notions
d'équilibre de manière très précoce.
2.
Les compétences exercées par les sports d’hiver
Sur
le plan physiologique, la pratique d’un sport, quel qu’il
soit, va mettre en jeu les qualités suivantes :
* la vitesse,
* la résistance,
* l’endurance,
* la force,
* la souplesse,
* l’adresse et la coordination.
Il reste à y ajouter des qualités sociales et d’anticipation,
que nous résumerons par ce terme :
* le sens tactique.
Suivant le sport pratiqué, chacune de ces qualités revêt une
importance différente. Dans le cas des sports d’hiver, on
peut proposer le classement suivant :
| Aptitudes
au sport |
Ski
alpin, snowboard |
Ski
de fond |
Raquette |
Vitesse
Résistance
Endurance
Force
Souplesse
Adresse et coordination (technique)
Sens tactique |
**
***
**
*
**
****
*
|
*
***
****
*
*
***
|
*
***
****
*
*
*
|
Dans le tableau ci-dessus, le nombre de * traduit
l'importance d'une aptitude pour un sport.L'interaction entre
la pratique d'un sport et ces qualités fonctionne dans
les deux sens : un enfant qui possède un certain nombre
d'entre elles va être doué pour les exercices
qui les sollicitent, et en retour, la pratique de ces exercices
enrichira son capital de qualités. Là se tient
la grande différence avec l'adulte. Chez celui-ci,
le sport entretient ce capital, ce qui constitue déjà
en soi une contribution appréciable à son bien-être
et à sa santé. En revanche, chez l'enfant, le
sport participe activement à son développement.
Voyons quelles sont les conséquences.

Développement de l’enfant à travers
le sport
Photo OT Obergurgl
|
Première constatation : l’enfant n’est pas un adulte.
En d’autres termes, il grandit, et cela dans sa tête autant
que dans son corps. Si l’on imagine aisément que le sport
va participer pleinement à la construction de son corps, il
ne faut pas oublier non plus que cette construction du corps
aura des répercussions profondes sur celle de son esprit.
Un esprit sain dans un corps sain…
1.
Développement du " corps sain "
Tout
d’abord, la pratique d’un sport va cultiver les qualités citées
plus haut. Rappelons les aptitudes physiques qui vont le plus
en bénéficier :
* L’endurance : elle conditionne le bon développement
du cœur et du système cardiovasculaire, donc du souffle et
de la bonne respiration.
* La souplesse : si cette qualité, qui concerne à la
fois les muscles, les tendons et les articulations, est naturelle
chez l’enfant, il est néanmoins important de l’entretenir
régulièrement. Insuffisamment exercée, elle disparaît bien
vite.
* La force : autre qualité fondamentale du muscle, il
est bon de la développer très progressivement par une pratique
ludique, puis par un entraînement sportif adapté
* La coordination motrice : c’est elle qui permet d’exécuter
des combinaisons de gestes de plus en plus complexes. Plus
on la travaille tôt dans l’enfance, plus elle est efficace.
* L’équilibre.
2.
Développement de " l’esprit sain "
On
le voit, le sport participe directement à la construction
de son corps et de la découverte de ses possibilités. Mais
au-delà, c’est tout son développement qui est favorisé, à
travers les quatre axes qui suivent :
* Le développement psychomoteur : le sport occasionne
de nombreux mouvements dans l’espace. Pour cette raison, il
accélère l’acquisition de la latéralisation, de la perception
du corps et la prise de conscience du schéma corporel, ainsi
que la coordination dynamique générale et les notions spatiales.
* Les fonctions cognitives : un sport, même très ludique,
nécessite un apprentissage. Pour ces raisons, il développe
des qualités comme l’attention, la concentration, la mémoire,
la planification, et l’anticipation.
* Les capacités à communiquer : à travers la pratique
d’un sport, l’enfant va devoir comprendre des consignes et
exprimer ses pensées. Il va donc affiner ses moyens de communication.
Cela conduit, en premier lieu, à une plus grande autonomie.
* L’appétit de vie : chaque journée aux sports d’hiver
amenant son lot d’expériences nouvelles et de rencontres humaines,
l’enfant va goûter à un concentré de ce à quoi il sera confronté
par la suite dans sa vie. Il apprend ainsi à gérer réussites
et échecs, rapports à autrui, créativité et émotions.
Si la plupart des progrès dans ces quatre directions peuvent
sembler imperceptibles à nos yeux d’adultes, elles n’en ont
pas moins des conséquences clairement mesurables. La santé
physique et mentale de l’enfant, sa confiance en lui, la qualité
de son sommeil ou la réussite scolaire sont autant d’indications
claires de son développement harmonieux.

Les risques liées à la pratique des
sports d’hiver pour l’enfant

Photo OT St Sorlin |
Hors
des contre-indications médicales, comme par exemple la mucoviscidose
ou une cardiopathie prononcée, les risques sont de deux ordres.
Ils peuvent être dus à l’environnement (altitude, froid, rayonnement
solaire), ou au sport lui-même (accidents, déshydratation,
épuisement).
1.
L’enfant et l’altitude
Tout
d’abord, comme je vous l’écrivais dans mes recommandations
aux femmes enceintes, les sports d’hiver ont tous en commun
de se pratiquer en montagne, c’est-à-dire dans un environnement
particulier. A ceci, il faut ajouter le fait que l’endurance
et la résistance physique de l’enfant sont limitées. Nous
ne répéterons jamais assez les quelques bonnes habitudes à
respecter, aussi bien pour son confort que pour sa santé :
* Il fait froid : équiper l’enfant de vêtements chauds
et confortables. Attention au ski de fond, qui peut se révéler
asthmogène : le froid est un facteur déclenchant les
crises d’asthme.
* Le rayonnement solaire est intense : lui faire porter
des lunettes (avec des verres incassables) afin de prévenir
l’ophtalmie des neiges, et appliquer régulièrement de la crème
solaire écran total.* La pression partielle de vapeur d’eau
est faible : lui faire boire de l’eau (ou de l’eau sucrée)
fréquemment.* L’air s’appauvrit en oxygène : éviter d’aller
au-dessus de 1500 mètres avec un enfant de moins de 6 mois.
Par la suite, pas de précautions supplémentaires par rapport
à l’adulte.* La pression atmosphérique varie (en voiture,
ou en téléphérique) : à la descente, faire déglutir l’enfant
pour faire passer les douleurs auriculaires. Au besoin, lui
faire mâcher un chewing-gum. Si l’enfant est enrhumé, évitez
de l’emmener rapidement au-dessus de 3000 mètres.
2.
Les accidents (à éviter)
Si
l’on regarde les statistiques établies par l’association "Médecins
de Montagne", on constate que le risque d’accident en ski
alpin est de 2.5 accidents pour 1000 journées de ski. Chez
l’enfant, ce risque est légèrement supérieur à cette moyenne.
Ceci est du à une répartition traumatique différente. Pendant
l’hiver, les médecins voient passer de jeunes skieurs présentant
des fractures de la jambe (30% des lésions), des atteintes
au genou (rotule, parfois ligament croisé antérieur) et surtout
des traumatismes crâniens par collision avec un bâton, un
autre skieur, ou une perche du téléski. La gravité des traumatismes
crâniens nécessite souvent une hospitalisation. En surf, même
si un surfeur qui a 7 jours de pratique se débrouille bien
mieux qu’un skieur de même niveau, le portrait n’est guère
plus brillant. Les jambes et genoux sont moins fréquemment
concernés, mais les fractures de l’avant-bras et du poignet
représentent 50% des traumatismes.
3.
Recommandations pratiques
Si
le port d’un plâtre est source de gloire et de respect pour
certains enfant lorsqu’ils retournent à l’école, des conséquences
plus néfastes sont susceptibles de se faire sentir longtemps.
Alors, pour mettre toutes les chances du côté de votre enfant,
voici ce que vous pouvez envisager :
* Du côté matériel : veillez à bien choisir le matériel
de ski. Les chaussures ne doivent pas être usées, ni trop
rigides, et surtout elles doivent être adaptées à la taille
et au volume du pied de l’enfant. A chaque séjour, réglez
les fixations à la bonne valeur de dureté. Au besoin, testez-les
en faisant un essai manuel de déchaussage. Les skis doivent
être à la bonne taille ; pour les débutants, la longueur
du ski est inférieuer à la taille de l’enfant). Ils doivent
présenter des carres et une semelle en bon état. Pour le snowboard,
il existe un accessoire capable de réduire la fracture du
poignet qui menace particulièrement les débutants : les
boardies. Il s’agit d’un petit patin avec une poignée d’amortissement,
que l’on tient à la main lorsqu’on surfe. En cas de chute,
il permet un appui glissé de la main sur la neige. Enfin,
et cela concerne aussi bien les surfeurs que les skieurs,
le casque est le seul moyen de protéger la tête de vos enfants
en cas de choc. Ne perdez pas de vue que la témérité des bambins
et des ados est la cause d’un taux de collision particulièrement
élevé. Un bon casque est parfaitement ajusté au crâne de l’enfant,
ne le gène pas dans ses mouvements, et doit obligatoirement
porter le numéro de la norme EN 1077. Après un impact, le
casque doit être changé, même s’il ne porte aucune trace.
* Du côté fatigue : veillez à respecter le rythme de
votre enfant. Il se fatigue plus vite que vous. La fatigue,
et plus encore l’épuisement, sont à l’origine de chutes à
répétition. Prenez des barres chocolatées ou des fruits sec
pour prévenir l’hypoglycémie.
* Choix des pistes : il est fonction du niveau physique
et technique de votre enfant, des conditions de neige et des
remontées mécaniques qui permettent d’y accéder. Ne le surestimez
pas. De toute manière, un jour viendra où il vous laissera
sur place…

En conclusion
Photo OT Sept Laux
|
Que
vous habitiez au pied de la montagne ou à des centaines de
kilomètres, un séjour à la montagne sera de toute manière
un moment de dépaysement complet, à vivre en famille !
A la journée ou pour la semaine, si vous respectez les précautions
dont je vous ai parlé plus haut, foi de marmotte, tout devrait
bien se passer, et votre enfant devrait en redemander.
Ceci dit, ne perdez pas de vue le plus important : les
sports d’hiver tirent leur raison d’être du plaisir que l’on
prend à les pratiquer. Plaisir de l’effort, certes, mais surtout
plaisir de la glisse et plaisir du paysage.
Quelques repères chronologiques
* 3 ans : débuts à ski. Le ski est un jeu
* 4 ans : patin à glace
* 5 ans : l’enfant aborde le ski comme une activité physique.
Débuts en snowboard
* 6 ans : débuts en télémark
* 6 - 8 ans : l’image du schéma corporel se conforte.
Consolidation du fonctionnement biomécanique articulaire
* 7 ans : premiers entraînements, compétitions
* Pré-puberté : sports d’endurance. On peut commencer
à faire du ski de fond, ou du ski de randonnée
* 9-13 : les capacités d’apprentissage sont les plus
grandes. C’est le moment d’améliorer sa technique
* 12 ans : l’enfant peut emprunter les télésièges non
accompagné
* Adolescence : rébellion contre les parents, la société,
bref, tout ce qui est structure. Le sport peut être un moyen
de détourner, voire de canaliser son agressivité.