02-02-2001
 
Edition 6

 

 

 

LE TELEMARK

Depuis quelque temps nous apercevons de plus un plus de joyeux hybrides les talons libres, des planches larges, et les genou qui ne cessent de rejoindre le sol. Les telemarkeurs (ou "danseurs sur neige"), tentent depuis dix ans de faire leur trace, au milieu des courants à la mode. Ils se maintiennent à flot tout en affirmant clairement leur valeur, liberté, authenticité et respect de leur environnement.

1 - LA NAISSANCE DU TELEMARK

Le telemark est la plus ancienne technique de ski. Elle est née en 1868. Sondre Norheim, un menuisier Norvégien, habitait le petit village de Morgedal, situé à 250 km au Sud d'Oslo, dans la région de Telemark. Sa petite maison était située à mi pente de la colline de Morgedal, au-dessus du village. L'hiver, il n'avait pas d'autres solutions que de descendre à pieds, les skis étaient réputés comme trop dangereux. Le virage n'existait pas encore et il n'avait comme moyen que la chute pour s'arrêter.

Sondre imagina tout d'abord la taille de guêpe, 130 ans avant les paraboliques. Cette forme donnée aux skis facilitait son pivotement. Puis il inventa une fixation en osier qui maintenait sa chaussure. Enfin, en copiant la technique de locomotion de l'être humain, il créa un pas lors de la glisse, le "pas de Telemark". Avant de tourner, il devait réaliser un grand pas, le genou intérieur complètement fléchi (génuflexion), les skis se trouvaient en phase de convergence prononcée. A ce moment la taille des skis facilitait considérablement le pivotement. Le Telemark était né.

AFT / JCR : Michel Tardivel

2 - LA RECONNAISSANCE

Le Telemark fut porté au grand jour lors d'un concours de ski, à Iverslokken le 8 février 1868. Sondre Norheim domina ce concours et le lendemain, dans le journal Aftenblad on pouvait lire la mention "hors ligne, excellent" attribué par les juges au paysan avec en saut la mention supplémentaire "virtuosité". Les bourgeois de la capitale n'en revenaient pas. En plus, Sondre avait nommé son virage par le nom de sa province, comme pour appuyer sur la rivalité qui existait depuis longtemps entre Telemark et Christiania. Sa victoire due à une technique révolutionnaire fit le tour du Monde. Les gens prirent connaissance de l'existence du ski, la seule technique pratiquée était le telemark.

Les skis étaient en bois, la taille de guêpe était différente des skis fabriqués avant le virage Telemark. Sondre avait également réfléchi à la fabrication d'une fixation avant-gardiste. Une lanière d'osier torsadée entourait le pied. La tenue s'en trouvait renforcée. Au niveau des skis, Sondre créa la rainure sur la semelle. Il diminua la longueur de 60 cm. Les skis de telemark mesuraient environ 240 cm au lieu de 300 cm pour la plupart des skis scandinaves.

La taille de guêpe est toujours d'actualité, elle est utilisée dans la fabrication de tous les skis contemporains, tout comme la rainure, sur tous les skis nordiques.

3 - POURQUOI IL DISPARUT, POURQUOI IL REAPPARUT

La grande rivalité avec Christiania provoqua la disparition du Telemark. Après le concours d'Iversloken, les bourgeois s'empressèrent d'inventer une technique plus performante. Ils mirent beaucoup de temps à l'étude et ce n'est qu'à la fin du 19ème siècle qu'elle vit le jour. Ils nommèrent leur virage "christiania"en référence à leur capitale. Le premier virage parallèle était né. Sa pratique était plus évidente, l'efficacité meilleure. Les adeptes de la glisse laissèrent le telemark dans les oubliettes pour un petit siècle.

La renaissance se fit aux Etats Unis, en 1974 dans le Colorado. A partir d'une carte postale retrouvée dans les trésors de grands-parents, deux Suédois s'essayèrent à cette technique. Ils rentrèrent au pays, à Åre avec dans leur valise le telemark. La nouvelle traversa vite les frontières, et un groupe de moniteur de Trondheim se rendit à Åre pour en avoir le coeur net. Il repartit émerveiller. Le Telemark est devenu un nouveau défi pour les skieurs expérimentés. La liberté du talon fascinait ces spécialistes. La première Coupe de Norvège débuta grâce à eux en 1984, 50 telemarkeurs prirent le départ. Les premiers Championnats du Monde eurent lieu également en Norvège, en 1987. Ils étaient organisés tous les ans dans un pays différent Pendant 9 ans ils restèrent la seule compétition internationale. Le telemark était alors géré par l'Internationale Telemark Fédération (ITF), avant d'être accueilli en 1995 par la Fédération International de Ski (FIS). Cette date fut également la naissance de la première Coupe du Monde. Et en 1996, les Championnats du Monde passèrent à une organisation bi-annuelle. Les Jeux Olympiques restent un doux espoir. Lors du dernier congrès annuel de la FIS à Melbourne, les membres ont accepté le projet pour une présentation en 2010.

4 - EN FRANCE

Un groupe de Telemarkeur, également séduit par cette technique, se regroupa en 1987 autour d'une association, l'Association Française de Telemark (AFT). Son siège social était inscrit à Saint Gervais. Les courses servaient essentiellement à se rassembler. Concours de déguisement, de saut, épreuves hybrides, elles étaient les dignes héritières des concours d'autrefois.

L'esprit compétitif émergeant de plus en plus, l'AFT se structura et fut reconnu par la FFS en 1994. La France évolue entre la 3ème et la 5ème place, derrière les intouchables Norvégiens.

Mais ce qui rencontre le plus d'engouement, c'est la pratique tout terrain. Le telemark est un style qui s'exprime étonnamment en toute neige. Ils épousent le relief. On estime à 4000 le nombre de pratiquants (contre 30 000 en Norvège). C'est une glisse qui reste encore confidentiel, mais avec une forte notoriété.

5 - LE MATERIEL

Le matériel a bien progressé, sans atteindre son maximum. La fixation est encore conçue comme il y a dix ans, un étrier qui vient emprisonner l'avant de la chaussure, des câbles qui entourent la chaussure. L'aspect est rudimentaire, mais le charme de telemark est entier. Quelques marques, comme Fritshi propose "leur révolution", sans faire l'unanimité. La chaussure, elle, a beaucoup évolué. Elle est passé du cuir au plastique, avec boucles de serrage. Elle a apporté la sécurité. Les skis devaient, avant 1995, suivre une norme, et ne pas dépasser 73mm de large. Heureusement, elle a été abandonnée, et les telemarkeurs utilisent toutes les planches possibles, double spatules, extra large, géant, carving, etc.

AFT / Yves Perradin - coureur = Manu Bertholin

6 - LES DIFFERENTS TYPES DE PRATIQUE

LA COMPETITION
La compétition a fait développer le matériel, mais aussi les mentalités. Tout au début, autour de 1987, les compétitions n'étaient que des rassemblements de passionnés, forcément marginaux. Les compétiteurs venaient habillés (ou déguisés) en vêtements traditionnels. Depuis, la pratique s'est démocratisée avec l'avènement du circuit mondial. Les alpins ont ramené leur repère, des slaloms géants balisés de portes rouges et bleues. Et puis, grâce à des irréductibles la fête a repris du service comme lors des concours de ski d'autrefois. La Coupe du Monde a forcé la réglementation des compétitions, mais les bases sont les mêmes. Une compétition de Telemark comprend obligatoirement trois secteurs, placés selon la configuration du terrain : une partie géant, un tremplin (avec une longueur à atteindre) et une partie fond. Ces trois secteurs sont enchaînés par le compétiteur avec le même matériel. Le temps de course peut aller de 3mn à 10mn.

LE FREERIDE ET LE FREESTYLE
Le Telemark a toujours affirmé ses qualités de ski tout terrain. D'ailleurs, le telemarkeur n'est-il pas le premier freerider. En 1870, les remontes pentes n'existaient pas. Le ski n'était que freeride. Depuis, il essaie de réexpliquer que ses valeurs sont là, en toute neige. Un telemarkeur prend toute sa dimension une fois allégée des contraintes, il est libre. Cette liberté se paie tout de même par un bon apprentissage. L'évolution du matériel a facilité la pratique mais ne dévale pas un champs de poudreuse qui veut. On voit cependant trop peu d'images grandeurs natures. Les esprits ne sont pas encore formés.

Un autre courant prend forme, le freestyle. Contre toute attente, des personnes comme Baptiste Rousset, issu du combiné nordique, envoient les mêmes figures en Half Pipe ou Big Air que les skieurs. La liberté du talon ne freine aucunement les rotations. Elle donne même la possibilité de créer de nouveaux enchaînements.

LA RANDONNEE
La pratique n'est pas fréquente et pourtant. En randonnée le telemark reprend tout sa dimension naturelle, il retrouve son jardin d'expression. Une paire de peau de phoque, des cales de montée adaptées, et le tour est joué. Il est même possible de trouver des crampons automatiques. On voit chaque année des compétiteurs finir la Pierra Menta en telemark. Certains s'essaient à la pente raide. L'air de jeu est illimitée.

7 - LES TÊTES D'AFFICHES

Le monde du telemark n'est pas encore très mouvementé. Chaque personne a une notoriété nationale, qui dépasse rarement ses propres frontières. Nous avons essayé de sortir du lot quelques personnalités. Les plus connnues on agit pour la compétition, le milieu freeride étant à l'état embryonnaire.

  • Parrä Hanson (Suède) et Hans Gundleksrud (Norvège) : ils ont inventé les règles du telemark pour les premiers Championnats du Monde. Le talon levé, l'écart de pied, les pénalités, ce règlement est à ce jour le document référence.
  • Morten Moller et Marius Mobius (Norvège) Ils se sont accaparés tous les podiums mondiaux durant près de 5 ans (1993-1997). Rien que leur nom fait trembler encore plus d'un telemarkeur. Assurément ils ont marqué leur passage par leur domination, que ce soit avec l'ancienne et la nouvelle norme.
  • Robi Brakenöffer (Allemagne), il fut le premier non Norvégien à prendre le titre de Champion du Monde en 1993

En France :

  • Dominique PESSEY : du Grand Bornand, il a été le président de l'AFT pendant près de 10 ans. Il est l'homme qui a suivi toute l'évolution, qui a participé à l'intégration du Telemark à la FFS et à la FIS. Le telemark lui doit son temps qu'il a passé bénévolement sur toutes ces années.
  • Manu BERTHOLIN : de Tignes, il est l'unique compétiteur Français à être monté sur un podium de Coupe du Monde. Il a permis à la France de rentrer parmi les premières nations mondiales. Il court toujours et espère bien rééditer son exploit lors des Championnats du Monde 2001 à Val Thorens.
  • Huguette BRAISAZ : des Saisies, elle est la référence féminine en Compétition. La seule fille a avoir gravi un podium mondial, 3ème de la Coupe du Monde en 1997, et 4 fois Championne de France. Encore aujourd'hui, elle n'a de rivale que sa soeur aînée, Maryse, bien qu'elle ne suive plus que les courses populaires.
  • Baptiste ROUSSET : l'explosion du telemark viendra peut-être de lui. A seulement 20 ans, l'homme des Houches, s'envole les talons libres. Il est celui qui a fait découvrir l'aspect "fun" et polyvalent de la discipline, par des rotations à en faire pâlir tout bon snowboarder ou skieur.

Le salut viendra aussi d'autres personnes tel que Michel Tardivel qui oeuvre pour l'intégration du telemark en course freeride, d'Anthony Favre, 4 fois Champion de France, ancien membre de l'Equipe de France, nouveau président de l'AFT et à l'initiative du projet J.O., sans oublier tous ces inconnus qui glissent perpétuellement animés par cette même passion.

DEMANDEZ LE PROGRAMME

Compétititons Internationales
5 - 6 février Sunday River Etats Unis Coupe du Monde
8 - 9 - 10 février Sugarloaf Etats Unis Coupe du Monde
20 - 21 - 22 mars Meringen / Hasliberg Suisse Finale Coupe du Monde
du 24 au 27 mars VAL THORENS France CHAMPIONNATS DU MONDE
Festival Internationaux
31 mars - 8 avril Livigno Italie La Skieda - 7ème festival international de Telemark
10-11 mars Mad River Glenn Etats Unis 26ème NATO Festival
Compétitions nationales
10-11 mars Collet D'Allevard Championnats de France
Tournée des 4 Fromages
17 mars La Rebloch' Grand Bornand
31 mars Saint Gervais La Bonne Bambée ,
15 avril Les Saisies La Cuberote
Compétitions Freerides (France)
La Freeride des Arcs 2-3-4 mars
Freeride en démo (France)
La Freeride de Courchevel 10-11 mars
Les Championnats du Monde de Freeride à Tignes (sur invitation) 10-16 mars

Texte: Thomas Berger

 

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