home
English Deutsch Nederlands Italiano trans
spa horizon travel horizon
trans trans
Toutes vos vacances au ski, le conseil en plus !
trans
trans trans
trans Contactez-nous
contact Contactez-nous
contact Recevez nos meilleures offres

16-03-2001
 
Edition 8

 

Dominique Perret… ou : l’esprit du hors-piste 

Fascinante et secrète, la montagne a ses lois. Immuables, aveugles, omniprésentes, elles sont indifférentes à la présence de l’homme. Mais ce dernier, lui, ne peut se permettre de les ignorer. Dès lors, quelle conduite doit-il adopter s’il s’aventure hors-piste ? Nous avons posé cette question à quelqu’un de bien renseigné : Dominique Perret. Merci, monsieur le " freerider du siècle "(1) !

 
Lendemain de grosse chute de neige. Comment tu commences ta journée ?
Si je suis chez moi à Verbier, je fais d’abord un saut sur le site web de la station. Je regarde les infos météos, et les webcams. Ensuite je prends mon petit déjeuner avec mes deux gamins. Ils ont 7 ans et 3 ans et demi. Et ça, ça te calme pour la journée : t’as pas envie de te prendre une tôle, ça relativise.

Une fois en station, vers quelles pentes tu te diriges en premier ?
Verbier est une station assez lente à démarrer. Ils sécurisent tout à fond. Donc, avant que le haut ne soit ouvert, on a le temps de discuter avec les pisteurs. Et en fonction de là où c’est parti, je fais mon choix. Je commence par les pentes les plus accessibles, et j’y vais en engageant toujours plus. Si tu te précipites tout de suite sur des itinéraires engagés, tu n’as pas pris le temps d’observer, ni de discuter avec les employés de la station.

Quand tu skies pour toi, avec qui tu pars ?
J’y vais souvent avec des copains guides en congé, qui connaissent le spot à fond. Ou alors avec des copains sur qui je peux compter, des gars qui ne feront pas de grosse faute de débutant. En revanche, sur un tournage, on engage toujours un guide. Sa présence tempère les ardeurs dues à la pression et prévient les comportements à risque.

Tu parlais de grosses fautes de débutants ?
Le cas typique " à risques ", c’est le petit groupe de trois ou quatre, avec tout le monde qui saute dans la pente à cause de l’envie de skier… alors qu’il faut laisser de l’espace entre les skieurs. C’est important aussi que chacun ait le même niveau de ski, et soit équipé en matériel avalanche. Et surtout, qu’on ait la même philosophie : être attentifs les uns aux autres et faire demi tour dès que l’un de nous ne la sent pas.

Est-ce que tu penses que c’est possible de sortir hors-piste sans risque ?
Non, jamais. ça je n’y crois pas. Hors-piste, les avalanches, ça peut nous arriver à tous. Alors, quand je skie, je reste tout le temps en alerte. J’essaie de ne pas me laisser endormir par la beauté du paysage, par exemple. Des fois, en montagne, ça se joue à deux mètres. Il faut donc perpétuellement anticiper, prévoir, bref, contrôler ta descente. Quand je m’arrête sur le bord d’un couloir, juste sous un gros caillou qui protège, ce n’est pas par hasard….

Tu as déjà fait demi-tour quand tu ne le sentais pas ?
Oui, et je ne te donnerai qu’un exemple : l’expédition pour l’Everest avec Jean Troillet. Après deux ans de préparation, trois mois d’expé, et trois tentatives, on a fait demi-tour. On avait pourtant fait 40 heures de marche et on n’était plus qu’à 300 mètres du sommet, mais les conditions n’y étaient pas. Alors on a fait demi-tour.

Une pente toute tracée, ça t’inspire quel genre de réflexions ?
Quand je vois des traces de snowboardeurs qui ont pourri une belle pente en la descendant tout en dérapage, preuve qu’ils s’y sont lancés sans avoir le niveau, ça m’énerve. En revanche, la neige trafolée, j’aime ça. Ca m’arrive de retourner plusieurs fois dans les mêmes couloirs, plutôt que d’aller dans des endroits dangereux pour moi ou menaçants pour les pistes qui sont dessous.

Si une avalanche se déclenche pendant que tu skies ?
Je tire droit en bas, pour accumuler le maximum de vitesse. Ensuite, je tente de sortir de la pente à droite ou à gauche. Si c’est impossible, alors je file en trace large, à fond, jusqu’au replat, la zone où l’avalanche finira sa course. Cette technique m’a sorti plusieurs fois de mauvaises situations. Si l’avalanche te couche, t’es foutu. Mais c’est pas parce que ça bouge que tout est fini : le plus important, c’est de rester calme.

Tu as déjà un copain qui a été pris dans une avalanche ?
Oui, j’ai ressorti des copains… et des inconnus, hélas, pas forcément vivants.

Ca a changé ta manière de te comporter ?
Non, car dans mon groupe il n’y a jamais eu de mort, juste des copains recouverts et rapidement dégagés. En revanche, l’année dernière, au col de la Mouche, j’en ai ressorti un qui était froid. C’était dans une pente que je connais bien parce que j’y fais du VTT en été. A gauche, c’est tout bon, mais à droite, c’est des dalles rocheuses sur lesquelles la neige n’adhère pas du tout. En plus, il y a d’énormes accumulations dues au vent. Mais de trace en trace, pour aller chercher de la neige vierge, les nouveaux arrivants ont tendance à se déporter de plus en plus vers la droite. Et l’hiver dernier, on est arrivés là alors que de la neige fumait encore. Une plaque venait juste de partir. On a commencé tout de suite les recherches, et on a localisé deux gars en 5 à 6 minutes. Au bout de 45 minutes, après avoir pelleté 4m50 de neige, on les a dégagés. Bien sûr, ils avaient été écrasés par le poids de la neige. Mais s’ils avaient été ensevelis sous 30 ou 50 cm, on les aurait sortis vivants en moins de 10 minutes.

Est-ce que certaines configurations t’amènent à prendre des précautions particulières ?
Oui : les grandes faces ouvertes. Dans ce cas, je fais de grandes coupes dans le haut de la pente : des traversées le plus haut possible pour charger la pente avant de s’être vraiment élancé dedans. Le pire, c’est d’y accéder plus bas. Depuis une épaule, par exemple. Alors, en général, on s’arrête, et on creuse un petit trou pour regarder la neige. Ensuite, si on décide d’y aller, j’entre vite, j’évite les traversées, et j’essaie de skier léger, de ne surtout pas charger la pente. Car si ça part, ça vient de au-dessus de toi ! Les petits couloirs raides m’inquiètent moins : comme tu entres par le haut, la plaque partira plutôt sous toi.

Tu skies hors-piste avec tes enfants ?
L’aîné en a vraiment envie, car il aime la poudreuse ! Donc : oui ! Mais comme il n’a pas encore trop le niveau, on skie en bordure des pistes, sur des pentes basiques, là où il n’y a pas de danger.

Si tu voulais passer un message aux freerideurs en herbe, qu’est-ce que tu leur dirais ?
Les montagnes ne bougeront pas. Il n’y a pas le feu, on peut toujours revenir demain, attendre les conditions idéales pour faire la pente qu’on vise. Le danger n°1, c’est le stress qui fait aller dans certains coins au mauvais moment ; stress des vacances, du week-end, de la caméra (pour les pros). Donc : donnez-vous le temps. La montagne, c’est un luxe ! Un luxe tellement exceptionnel qu’il mérite des sacrifices comme ne pas aller au boulot le jour J. Et tant pis si on perd un peu d’argent, non ?


(1) Pour vous donner une idée du bonhomme, parlons chiffres. Sachez qu’à 38 ans, Dominique a :
* dépassé 210 km/h en skis,
* établi le record du monde de saut de barre à skis, avec un vol (parle-t-on encore de saut ?) de 36,40 mètres,
* établi le record du monde de dénivelée skiée d’affilée en une journée : 120'000 mètres non-stop en 14 heures 30,
* skié devant les caméras de plus de 20 films en 10 ans, 11 fois en solo, obtenant plus de 60 prix dans divers festivals de films de sports, d'aventure et de montagne,
* skié la face Nord de l’Everest depuis l’altitude de 8'500 mètres, après avoir enduré avec son ami Jean Troillet des vents de plus de 200 km/h et des températures de —60°C.

Pour toutes ces raisons, et pour son incroyable façon de skier, fluide et puissante, il a été élu skieur freeride du siècle par les journalistes, lecteurs et internautes de la presse spécialisée le 6 décembre 2000 à Paris.

 

Texte Laurent Schillinger & D. Perret - Photo : Jancsi Hadik - Skieur : D. Perret - Verbier 2000

 

retour au sommaire

le magazine de skihorizon.com est un produit naturel élevé à l'air frais des Alpes et au Reblochon.
le format électronique respecte les arbres et la montagne est plus jolie.


Contactez La Marmotte Géante