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02-02-2001
 
Edition 6

 

 

 

Que faire en cas d’accident ?

Chaque année, en France, 135 000 personnes se blessent sur les pistes de ski. Dit comme cela, il y aurait de quoi refroidir bien des enthousiasmes. Mais il faut rapporter ce chiffre inquiétant aux 55 millions de journées de ski qu’enregistre chaque année le Syndicat National des Téléphériques (SNTF) : sur 2000 personnes qui vont passer une journée sur les pistes, les services de secours peuvent s’attendre à voir passer chez eux seulement 5 d’entre elles. Cela reste plus que raisonnable.

Cependant, sur les quelques centaines de personnes que vous allez croiser pendant votre séjour aux sports d’hiver, il ne serait pas surprenant que vous soyez témoin ou acteur d’un accident. Pour ma part, depuis le temps que les skieurs viennent faire étalage de leurs prouesses au ras de mes moustaches Géantes, j’ai eu largement le temps de me livrer à quelques observations. Je vous livre aujourd’hui les conclusions que j’en ai tiré.

Vous venez d’assister à un accident, que devez-vous faire ? Pas de panique, la Marmotte Géante vous soutient !

1. Observer

La toute première chose à faire, c’est d’observer l’endroit où l’accident vient de se produire. Sur quelle piste êtes-vous ? Quel est le nom du lieu-dit ? Êtes-vous situé plutôt vers le bas ou vers le haut de la piste ? Cherchez des indices. Peut-être y a-t-il une intersection avec une autre piste juste en amont ou en aval du lieu de l’accident. Peut-être pouvez-vous remarquer un numéro sur un pilône de remontée mécanique… Toutes ces informations vous seront utiles si, par la suite, vous deviez donner l’alarme ; vous serez alors capable d’expliquer clairement et de manière concise vers quel endroit les secours devront se diriger.

2. Prendre contact

Ensuite, prenez contact avec la personne accidentée. Dans la grande majorité des cas, la collision ou la chute qu’elle vient de subir n’entraînera que des blessures bénignes : bosses, brûlures, bleus, coupures et plaie à l’amour-propre seront peut-être les seules conséquences du choc. Proposez votre aide, et assurez-vous par quelques questions que tout va bien. Avant qu’elle ne reparte, rappelez-lui éventuellement de se rendre auprès d’un médecin ou au poste de secours le plus proche pour confirmer ce diagnostic.

Mais il est possible que le choc ait occasionné des lésions plus graves. Les atteintes du genou arrivent loin en tête au palmarès des bourreaux des pistes (un tiers des lésions des skieurs), suivies par les fractures de l’avant bras ou du poignet (une lésion sur cinq chez les surfeurs), puis par les atteintes des membres supérieurs (luxations ou fractures). A la fin de ce classement général peu glorieux, se trouvent les traumatismes crâniens et les fractures qui touchent les hanches, les jambes et la colonne vertébrale. D’un cas de figure à l’autre, il est donc possible que l’accidenté éprouve une certaine gêne à se déplacer, ou même qu’il soit inconscient.

Dans le cas où il est demeuré conscient, la prise de contact est déterminante : expliquez-lui ce que vous allez faire, et gardez des propos rassurants. Entre le moment où vous prononcez ces mots et celui où arriveront les secours, il ne s’écoule en général que quelques minutes. Au passage, profitez-en pour lui demander son âge et vérifier qu’il sait où il se trouve.

3. Protéger

Si l’accidenté n’est pas en mesure de se déplacer, ou s’il est inconscient, il va falloir assurer sa protection. Protection contre le froid, en tout premier lieu : couvrez-le d’une couche de vêtements supplémentaires. Protection contre un autre choc éventuel, ensuite : remontez quelques bonnes dizaines de mètres et allez planter vos skis ou votre snowboard en amont pour signaler la présence de cette personne à contourner à distance respectueuse. Si l’accident a eu lieu derrière une rupture de pente ou dans un trou, le balisage devra être le plus clair possible. N’hésitez pas à réquisitionner le matériel d’autres témoins pour étoffer votre signalisation de fortune. A ce stade, même si le blessé est situé dans un endroit où le trafic est dense, s’il est inconscient ou qu’il vous a indiqué une douleur vertébrale, ne le déplacez pas !

4. Avertir les secours

Maintenant que vous vous êtes assuré que les choses n’allaient pas s’aggraver, il est temps pour vous de contacter les secours. En d’autres termes, c’est le moment d’amortir le forfait exorbitant de votre téléphone portable. Ne laissez pas passer la chance d’utiliser cet appareil pour une autre raison qu’un appel à votre copain coincé au bureau : " René !… C’est moi ! Devine d’où je t’appelle ! " Non, cette fois, vous composez soit le numéro du poste de secours de la station, soit le numéro du standard qui vous passera le poste de secours, soit le numéro d’urgence (144 pour la Suisse). A ce titre, il est prudent d’ajouter l’un de ces numéros dans l’annuaire de votre portable.

Si vous ne disposez pas de téléphone, ou si son fonctionnement est contrarié par le froid ou l’absence de couverture du réseau, il va falloir vous rendre à skis au poste de secours ou au bas de la remontée mécanique la plus proche : vous y trouverez les pisteurs.

5. La demande de secours

Tâchez autant que possible de vous exprimer tranquillement. Vous avez le temps, on n’est pas à 30 secondes près. Indiquez clairement :

  • qui vous êtes,
  • l’événement auquel vous venez d’assister (collision, malaise, chute, etc…),
  • combien de personnes sont impliquées,
  • l’heure à laquelle l’événement s’est produit,
  • le lieu de l’événement,
  • le sexe et l’âge de(s) la (ou les) personnes(s) à secourir,
  • si les blessés sont conscients ou inconscients,
  • si vous avez observé des lésions évidentes (plaie, fracture, douleur, brûlure),
  • à quel endroit du corps ces lésions sont situées.

A ce stade, vous avez fait votre travail de témoin… Les pisteurs prennent le relais et seront sur les lieux dans quelques minutes.

Un événement extraordinaire pour les uns, quotidien pour d’autres

Voilà. Les quelques minutes que vous venez de consacrer à cette personne blessée sont un événement exceptionnel pour vous. Mais de l’autre côté du miroir, du côté des pisteurs, des médecins, de toute la chaîne de secours, on a affaire à des gens dont l’assistance médicale est le métier. Ce que vous avez vécu là, aujourd’hui, pour la première – et espérons la dernière – fois de votre vie, eux le vivent au quotidien. Ils sont entraînés et équipés en conséquence, ce qui vous garantit une intervention rapide et efficace. A l’arrivée des pisteurs sur le lieu de l’accident, un premier diagnostic est établi. La victime partira en barquette, en hélicoptère, ou peut-être simplement par ses propres moyens. Une fois au cabinet médical ou à l’hôpital le plus proche, elle effectuera des examens complémentaires. L’occasion pour elle de réaliser quelques photos de vacances dont elle se serait certainement bien passé.

Texte: Mathieu de Groot

 

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