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1-12-2000
 
Edition 2

Itinéraires Pistes/Hors-pistes

Châtel (Haute-Savoie) - Domaine franco-suisse des Portes-du-Soleil
Piste : "La Perdrix Rouge "

A Châtel pour vraiment avoir un bon aperçu du fort potentiel des pistes de la station, rien de mieux que d’entreprendre skis aux pieds la descente de la " Perdrix Rouge ", à notre avis la plus belle piste mais aussi la plus prometteuse de tout le domaine skiable du Linga.

Exposée au nord-est, cette voie royale sauvage et esthétique à souhait cultive sa différence d’une manière certaine par rapport aux larges boulevards insipides que l’on peut trouver ici et là dans de très nombreuses stations de skis ! Facile alors de rejoindre la gare de départ, grâce au nouveau télésiège débrayable de Cornebois qui nous dépose en quelques minutes juste sous le sommet de la Tête de Cornebois à 2210 m d’altitude. Il faut bien reconnaître que ce type de nouvelles remontées mécaniques ultra-performantes facilite plus que grandement la vie des mordus de la glisse. Dommage toutefois qu’une station de sports d’hiver telle que Châtel n’ai pas su prendre plus tôt le virage de la modernisation de son parc d’installations mécaniques. En effet, le domaine du Linga ne compte malheureusement que deux de ces télésièges nouvelle génération, " Pierre-Longue " et " Cornebois ", capables de vous propulser du départ à l’arrivée, en moins de temps qu’il ne faut pour le dire…

Dès la gare d’arrivée du télésiège, selon l’heure et le temps qu’il fait, la vue s’élargit tout naturellement sur un paysage de rêve. On commence alors par distinguer au loin, vers le nord, la tâche d’un bleu profond qui marque la limite de la rive du Lac Léman, ensuite apparaissent tour à tour le Plateau de Gavot marbré de vert par les profondes forêts de sapins et d’épicéas, puis les sommets du Haut-Chablais recouverts à cette époque d’un incroyable manteau blanc. Les corniches, qui ourlent ici et là les arêtes des montagnes, nous font penser à de gigantesques meringues n’attendant que la trace éphémère de nos spatules pour être découpées !

La spécificité de la " Perdrix Rouge ", outre le fait qu’elle ne soit pas exclusivement réservée aux bons skieurs, est qu’elle permet une approche ludique et jouissive de la glisse, grâce à de très nombreux changements de rythme, et cela dans un décor toujours renouvelé.

Une fois engagé sur la piste, la première partie avec une ou deux belles compressions peut faire penser à un parcours de type " boardercross " tellement les mouvements de pentes sont nombreux ; un coup sur la droite puis de nouveau à gauche, les virages s’enchaînent à une cadence délirante. Tous les amateurs de sauts et autres pirouettes indescriptibles seront ici comblés car le relief du terrain, avec ce déferlement de rupture de pentes donne accès à des possibilités de sauts plus spectaculaires les uns que les autres. Dans la partie médiane, la pente commence à s’adoucir un peu, mais pas d’affolement : les sensations restent au rendez-vous et l’action reprend vite le dessus…

Sur ce type de descente, pour rester actif et en recherche de vitesse lors des sorties ou des entrées de courbes, le choix d’un matériel adéquat s’impose tout naturellement : une bonne paire de skis paraboliques (des carving) permettront d’aborder et de dérouler les meilleures trajectoires sans jamais ancrer dans la neige, cela grâce à l’effet de spatule très prononcé qui caractérise en partie cette nouvelle génération de skis. Plus précisément, il suffit très simplement de rentrer le genou pour que le ski pivote dans le sens voulu : le skieur ne tourne plus en dérapant, il glisse en suivant naturellement la ligne de la courbe en conservant toute sa vitesse !.

Mais revenons à notre itinéraire. La piste généreuse dans la pente vient longer maintenant à droite les parois verticales de la Tête du Géant (2232 m d’altitude) pour se transformer en un véritable petit canyon. Quel plaisir d’évoluer sur ce genre de terrain, vraiment très étroit et resserré par moment, mais qui garde ô combien de sa superbe. Et c’est ici, dans la luminosité du jour qui tombe lorsque que la température franchit allègrement la barre des moins dix, que les plus fortes des sensations en glisse vous prennent tout le corps !

Sur le dernier tronçon, si l’on se décide à suivre l`étranglement qui part tout à droite, la piste déjà pleine de rebondissements devient carrément semblable à un parcours du combattant. Un mur de quelques mètres souvent bien glacé (à négocier sans trop réfléchir…) permet d’accéder à un boyau d’une trentaine de mètres juste avant d’arriver sur le Plat des Combes (télésiège), le terminus de ce petit bijou.

Pour découvrir cette petite merveille, faites comme nous et choisissez d’y aller dès la fin de l’après-midi, si possible juste pour la dernière montée et avant la fermeture des pistes. La grande foule est déjà partie, il ne reste alors plus que les accros ! Vous savez bien, c’est une heure toujours un peu magique, lorsque les rayons du soleil couchant viennent iriser les cimes enneigées pour donner alors à la montagne des couleurs irréelles…

Hors-pistes " Sous les arêtes de Chésery "

La Pointe de Chésery (2249 m d’altitude) et son arête nord-ouest cornichée à souhait, véritable gâteau aux meringues plus appétissantes les unes que les autres, domine de toute sa hauteur le site des chalets de Pleine-Dranse.

Avouons quand même que vouloir s’en payer une petite tranche reste du domaine du possible et de l’imaginable, surtout lorsque depuis les chalets, l’on peut admirer les innombrables traces en poudreuse qui coupent la pente par son milieu. Cet itinéraire hors-pistes, bien qu’il ne se situe pas dans le domaine de l’extrême, reste toutefois réservé aux skieurs expérimentés qui n’ont pas d’appréhension à évoluer sur des parois très inclinées : en effet, la pente plutôt sportive demande pour être négocier au mieux, de réelles qualités de skieur-alpiniste, c’est dire !

Pour cela, c’est en prenant le poussif télésiège à deux places des Rochassons (qui assure encore et toujours la liaison avec les domaines skiables d’Ardent et d’Avoriaz) que l’on peut rejoindre le plus rapidement le début de l’arête. Il faut alors remonter cette arête (qui n’en est pas vraiment une, puisqu’un seul versant - celui qui nous intéresse - est à pic) sur une bonne centaine de mètres le long des épicéas, dans la direction du sommet de la Pointe de Chésery. Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais par habitude, je choisis toujours un point de départ vierge de toute traces.

Au moment du départ, comme toujours sur ce type de pente où l’épaisseur et la qualité de la neige reste la grande inconnue du moment, c’est une puissante montée d’adrénaline qui fait que l’on s’élance " tout droit " pour affronter la poudreuse de la descente.

Les premiers mètres d’effort dans une " peuf " sèche comme de la farine, me rassure - pas de grosses coulées -. Serein, j’enchaîne alors de manière quasi-instinctive des virages, les uns après les autres pour vite me retrouver sur le milieu de la pente.

L’impression est si forte, grisante que je n’en reviens pas moi-même d’être déjà à mi-parcours. S’ensuit un long coup d’œil pour ausculter pensif, ma trace depuis le point de départ que je devine tout là-haut… Mais, revenons à des choses plus sérieuses, une dernière vérification du matériel, puis c’est à nouveau l’enchaînement de petites courbes resserrées, d’un appui sur l’autre sans jamais brusquer le rythme pour une efficacité maximale, jusqu’à venir terminer sur la neige bien damée de la piste qui descend de la Chaux des Rosées.

Un conseil toutefois : soyez prudent, car s’élancer sur ce genre de terrain alpin demande d’avoir un bon niveau de pratique ; pour skier avec plus de sécurité, je ne saurai que trop vous conseiller soit de vous faire accompagner par un guide, soit de vous renseigner auprès des pisteurs de la station pour tout ce qui concerne la qualité du manteau neigeux et de la sécurité (vous ne devez jamais oublier les risques que vous pouvez courir et ceux éventuellement que vous pourriez faire courir à d’autres personnes).

Et pour finir l’étape suivante, comme toujours après ces moments un peu sportifs et émotionnellement forts, le point de ralliement et de ravitaillement à Pleine-Dranse est le vieux chalet d’alpage de la "Tan ô Marmottes". Murielle la patronne, qui a si bien restaurer son vieux chalet, accueille les fanas de carve et autres amateurs de ski-liberté avec chaleur et convivialité, d’autant plus (ce qui ne gâche rien) que la cuisine qu’elle sert à table met à l’honneur les produits typiques de la vallée d’Abondance…

Texte: Didier Cassany

¨Photos: Office du Tourisme de Châtel - Jean-Francois VUARAND

 

 

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