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23-02-2001
 
Edition 7

 

Le matériel de sécurité

Dans le petit monde des sports d’hiver, depuis quelques années, les stratégies de communication des fabricants de matériel et des stations semblent subir une évolution en forme d’entonnoir, dont l’extrémité pointerait vers un mot unique, le "freeride". Est-ce à dire que tout le monde se précipite hors des pistes ? Certes, non, dieu merci pour les tétras, les edelweiss, les randonneurs à skis et autres espèces à la tranquillité menacée par cette invasion annoncée !

Mais pour ceux, amateurs de grands espaces caducs ou débutants, qui désirent sortir à tout prix hors des sentiers balisés, quelques précautions s’imposent avant de s’élancer bille en tête dans le hors-piste de leur rêve. Et la première, c’est de partir bien équipé.

Nous avons donc demandé son avis sur cette question à Sébastien Angelini. Membre d’une association qui répond au nom évocateur de "Freeride Attitude" et freerideur multirécidiviste, il est tout désigné pour nous conseiller sur le matériel de sécurité.

La Marmotte Géante : Seb, qui es-tu? Qu'est-ce que Freeride Attitude?
Sébastien Angelini : Je suis un rideur, skieur et snowboardeur, de 24 ans qui en a eu marre de tourner en rond après 10 ans de piquets.

La Freeride Attitude, quant à elle, c’est une association d'une quarantaine de passionnés de glisse qui regroupe tout les rideurs du coin (les Alpes vaudoises). Depuis 6 ans, on envoie dans tout ce qui est hors piste, freestyle et bosses. Les buts de l’association sont la prévention et la formation, la promotion des rideurs, le partage des connaissances et des émotions, fun et adrénaline. Et ceci indépendamment de l’engin, ski snowboard ou télémark, ou du type de pratique, freestyle ou freeride.

MG : Quand on te parle de sécurité, tu penses à quoi en premier?
SA : Aux autres. Il est effet inconsidéré de rider pour toi en égoïste en sachant que tu peux mettre en danger tes copains, les autres skieurs du domaine et les sauveteurs. Si tu veux aller tester le casse pipe, OK, mais c'est de l'homicide involontaire que de ne pas penser à tous ceux que ça peut toucher. La sécurité, ça passe par la formation, c’est apprendre à dire NON.

MG : A ton avis, le matériel de sécurité, ça doit protéger contre quoi?
SA : Le matériel de sécurité ne protège pas mais sauve, c'est donc des instruments passifs qui sont utilisés après coup. Donc ça ne protège pas, la seule protection, c’est le comportement du rideur.

MG : Cela s'adresse à qui?
SA : Le classique pack ARVA/pelle/sonde(1), qui est la base pour sortir des pistes, s'adresse à tout les rideurs sans exception, dès qu’ils sortent du domaine balisé, pour autant qu'ils aient appris à s'en servir.

MG : Si on devait dresser un inventaire du matériel de sécurité à emporter avec soi… Tout d’abord, qu’est-ce que tu emportes avec toi quand tu restes sur les pistes ?
SA : Natel et couverture isolante(2).

MG : Et quand tu sors hors-piste?
SA : ARVA, pelle, sonde, couverture isolante, Natel.

MG : En contest?
SA : Idem plus casque et protection dorsale(3).

MG : Et finalement, qu'est-ce qui manque à ta panoplie?
SA : Airbag du skieur et gilet filtre(1).

MG : Equipé comme ça, tu te sens à l’abri des pépins ?
SA : Oh, tu sais, je suis passé dans deux coulées et une petite avalanche, et le plus grand secours est venu de mes copains. On n’a heureusement pas eu besoin de se servir du matos de sécurité mais on était prêt. La montagne ne fait pas différence entre le novice et l'expert.

MG : Mais alors, à quoi ça sert de se former, si la montagne ne fait pas de différence ?
SA : C'est comme conduire sa voiture sans permis, tu sais la manier mais tu ne connais pas les règles, et c'est hors-la-loi. Pour le matériel de sécurité et la connaissance de la montagne, c'est idem. Chaque début de saison on teste tout le matos, on organise des cours avalanche pour les membres de l'assoc’. D’ailleurs, j'ai une formation plus poussée pour la patente de ski (diplôme suisse), équivalente à celle de guide.

MG : Tu disais que ce sont tes copains qui t’ont tiré des avalanches. Donc, le freeride, tu pratiques plutôt à plusieurs?
SA : C’est ça. Je ne skie pour ainsi dire jamais seul en hors piste. De toute façon à plusieurs on s'amuse plus. En règle générale il faudrait suivre la consigne suivante : minimum trois, maximum six.

MG : Et entre vous trois, ou vous six, est-ce que le matos de sécurité est un sujet de conversation ?
SA : Plus que les skis en tout cas, car on est conscients du prix de la vie !

MG : A propos de prix, pour les petits budgets, dans quel ordre faut-il acheter le matos?
SA : En numéro 1 , je mettrais l’ARVA, puis, en numéro 2, la pelle et la sonde, et enfin, en numéro 3, le reste (gilet, airbag, ballon ficelle, casque et protection dorsale…). Mais en règle générale les n°1 et n°2 sont inutiles l'un sans l'autre.

MG : Et pour finir, si tu avais deux conseils à donner à une personne qui désire s'équiper, ce qu’il faut faire, et ce qu’il ne faut pas faire?
SA : Ce qu’il faut faire, c’est voir un spécialiste, éviter les grandes surfaces, et suivre les tests officiels effectués par des organismes reconnus(4). Ce qu’il ne faut pas faire, c’est racheter du matos d'occasion, et surtout pas sans mode d'emploi.

Texte: Laurent Schillinger

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