Portrait
: organisateur d'évènements
Monsieur
Loyal, businessman et bouc émissaire, le métier d'un
organisateur d'évènement nécessite d'avoir plusieurs
casquettes. Au cours de ce deuxième portrait de professionnels
de la montagne, Gérard Rougier nous montre sa collection.

Bonjour.
Pourriez-vous en quelques mots vous présenter à nos
chers internautes ?
Gérard Rougier, 36 ans, fondateur de lAssociation Française
de Snowboard en 1987. Après 7 ans de Présidence, jai
cédé la place pour devenir Directeur Général
de cette même association. Jai un diplôme de moniteur
de ski en poche et je suis snowboarder depuis décembre 1985.
Quel
a été votre parcours pour arriver à ce poste
?
Sport-études jusquen terminale C, compétiteur
de ski, diplôme de moniteur de ski, mono-skieur puis snowboarder
de la première heure, compétiteur de snowboard, fondateur
de lAFS, 1er président pendant 7ans, responsable de lorganisation
du circuit de compétition nationale pendant 8 ans et depuis
5 ans DG.
Quelles
sont les grandes étapes de fabrication d'un évènement
?
Le concept, la mise en place du cahier des charges entre lorganisateur
et la station daccueil, la construction du plan média,
la recherche de partenaires et de financement, la fabrication du matériel
technique et promotionnel, la constitution de léquipe,
la promotion et la communication, enfin la réalisation.
De
quelle manière appréhendez-vous la sécurité
des spectateurs sur vos évènements ?
La sécurité des spectateurs comme des riders est primordiale.
Nous avons la charge de tout mettre en uvre pour garantir la
sécurité de tous et ceci, grâce au service public
de la station.
Dans
le feu de l'action, quels sont vos principaux soucis et comment partagez-vous
votre temps ?
Le principal souci sur lévénement est que tout
se déroule à la perfection. Le plus important est davoir
suffisamment de recul pour disposer dune vision globale et de
prendre les décisions qui simposent en temps réel.
Une
fois l'évènement terminé, quelles sont les dernières
tâches de l'organisateur avant de pouvoir mettre un point final
à son action ?
Tout ranger et ça dure encore longtemps après car, il
y a toute la partie débriefing des partenaires et constitution
des dossiers de bilan, presse, technique
. La phase post-évènement
dure environ 2 mois.
Quelle
est, selon vous, la partie la plus intéressante de votre travail
et inversement, quelles tâches vous semblent les plus fastidieuses
? Avez-vous des anecdotes ?
Tout est intéressant car il ny a pas de répétition
des choses. Les événements qui se produisent, même
sils se ressemblent, ne sont jamais les mêmes. Des anecdotes
perdre le sponsor principal à 10 jours de lévénement
: Vuarnet en 1992
un hiver sans neige où il faut modifier
le choix des stations en dernière minute (hiver 1989).
Depuis
quelques années, les médias et les grandes marques communiquent
sur la pratique des sports extrêmes. Est-ce que vous pensez
que l'investissement qu'ils apportent a poussé les organisateurs
et coureurs à favoriser le spectacle au détriment de
la sécurité ?
Depuis le début de ces sports, il y a des sponsors qui investissent
? Non, je ne pense pas que linvestissement des marques pousse
qui que ce soit à favoriser le spectacle au détriment
dautres choses. Le spectacle fait partie intégrante de
ces nouveaux sports ; toute la subtilité est dans le respect
des acteurs. Il faut savoir quun évènement sans
coureur nexiste pas, mais linverse est également
vrai : un évènement sans organisateur et sponsor nexiste
pas non plus. Il faut donc travailler léquilibre et que
chaque partie respecte lautre.
Aujourd'hui,
afin de faire découvrir la montagne à un public hétéroclite,
de plus en plus d'évènements "urbains" sont
organisés. Ne courons-nous pas le risque de banaliser les dangers
que représente la montagne et le respect qu'elle impose ?
Lévènement urbain nest intéressant
que pour médiatiser des stars dans un sport et faire que les
pratiquants lambdas sy identifient. Le reste me semble obsolète.
On ne fera jamais découvrir la montagne et ses merveilles aux
gens, en mettant quelques m3 de neige en ville. Pour ce qui est du
danger en montagne, il est réel et si nous voulons faire quelque
chose, il faut faire de léducation et de linformation
. Il ne me semble pas que les urban events aient cet objectif aujourdhui.Il
y a dix ans, face à l'évolution des chaînes satellites/câblées
spécialisées, les grandes chaînes hertziennes
ont préféré concentrer leurs moyens financiers
dans les sports grand public. De votre côté, par rapport
à votre "cible", préférez-vous concentrer
vos efforts médiatiques sur des supports spécialisés
? En d'autres termes, pensez-vous que les investissements deviennent
trop importants lorsque l'on veut aborder des supports grand public
?
Nous concentrons nos efforts pour faire en sorte que le snowboard
devienne un sport de masse toute proportion gardée. Par conséquent,
nous devons axer notre travail sur la grande presse généraliste
et grand public. Le snowboard doit sortir de son microcosme sil
veut subsister. Nous devons arrêter le nombrilisme ambiant.
Si la volonté des snowboarders est d'être connu et reconnus
en tant que tels, il faut faire en sorte, entre autres, dobtenir
un statut de professionnel pour les moniteurs de snowboard
.
Est-ce
quInternet, avec ses coûts de production et de diffusion
peu élevés, représente le média qui va
élever les évènements sports d'hiver au grand
public ?
Je ne crois pas. Le Net fait partie des nouveaux médias. Il
va devenir important, il va faire évoluer les médias
TV existants, mais jai du mal à croire que les grands
de la presse ne trouvent pas le moyen de lutiliser à
leur compte, et donc de le rendre beaucoup moins créatif dans
les années à venir. Jai limpression que
ça va faire comme à la grande époque des radios
libres et de la FM : beaucoup de créativité au départ
et une énorme récupération en finalité.
Outre
atlantique, nous pouvons constater une différence sur l'importance
des évènements neige et les moyens mis en uvre
pour les organiser. D'après vous, que manque-til en France
: moyens financiers, investissements des médias, des stations...
?
Lintérêt pour la neige
. En France, les sports
rois sont le foot, le rugby, la F1, le tennis encore un peu et puis
cest tout. Les Français nont pas la culture neige.
D'après
vous, quelles sont les principales évolutions qui peuvent,
à moyen ou long terme, changer radicalement notre, votre (en
tant qu'organisateur) vision des évènements neige ?
Le manque de neige et la non-prise en considération (pour des
histoires de fric) des problèmes écologiques par les
grands de ce monde sont catastrophiques. Si nous narrivons pas
à faire changer ça en devenant responsable et impliqué,
la terre va certainement muter et cest grave
. Mais ça
dépasse le cadre de lorganisation dévènements
: cest de notre planète dont il est question et de la
vie de nos enfants

Texte
: Charles Glass & Gérard Rougier
Photos : Gérard Rougier