Aux
sports dhiver avec des enfants ?
Dans lédition précédente du magazine, je
vous confiais quelques recommandations (petites) de Marmotte (Géante)
adressées aux femmes enceintes désireuses de partir
aux sports dhiver. Admettons maintenant que quelques mois ou
quelques années se soient écoulés depuis. Votre
enfant est maintenant capable de marcher comme un(e) grand(e), et
vous aimeriez profiter de cette autonomie naissante pour lemmener
avec vous aux sports dhiver. Une question toute légitime
se pose à vous : est-ce vraiment une bonne idée ?
Voici quelques éléments de réponse.

Les
sports dhiver et lenfant

Photo OT Flims |
1.Quels
sports pratiquer ?
* Le ski alpin est le plus traditionnel. Il permet d'acquérir
des sensations de glisses en toute indépendance des jambes.
Il est possible de débuter dès lâge de 3
ans, mais sans bâtons. Ce n'est que lorsque l'enfant aura acquis
un niveau technique lui permettant de tourner et de s'arrêter
que l'on pourra lui faire prendre des bâtons.
* La luge est une activité ludique plus qu'un sport pour l'enfant.
La maîtrise de la direction et de la vitesse doivent être
acquises avant de laisser l'enfant évoluer seul. Sans cela,
le risque daccidents demeure réellement élevé.
* Le snowboard : ce sport récent remporte un réel
succès chez les jeunes. La preuve : dans certaines tranches
d'âge, on dénombre plus de surfeurs que de skieurs !
Les débuts en surf peuvent se faire dès l'âge
de 5 ans.
* Le ski de fond : le ski nordique se pratique dès le
plus jeune âge, surtout dans son mode traditionnel : le pas
alternatif. Lapprentissage de la technique plus récente
du skating, plus performante, doit se faire un peu plus tard, car
elle nécessite une bonne indépendance des jambes.
* La randonnée à skis (ou peaux de phoques) : ski
nordique à la montée et ski alpin à la descente,
cest le 4x4 des sports dhiver. Il sagit sans aucun
doute du sport de glisse dont lapprentissage se produit le plus
tard, car il nécessite une endurance solide et dêtre
un skieur alpin passe-partout.
* La raquette : ce sport permettant de pratiquer la randonnée
sur neige est accessible également dès le plus jeune
âge, à condition que la distance et la difficulté
soit adaptée aux petites jambes de lenfant.
* Le télémark : cest lancêtre
nordique du ski alpin. Le déclenchement des virages, avec une
fente et une flexion de genou prononcée, est plus exigeant
physiquement que celui de sa descendance. L'enfant tenté par
cette discipline peut s'y adonner sans risque particulier dès
l'âge de 6 ans.
* Le patin à glace : comme le ski, le patin peut être
commencé très jeune. La progression des enfants est
rapide, elle leur permet d'acquérir des notions d'équilibre
de manière très précoce.
2.
Les compétences exercées par les sports dhiver
Sur le plan physiologique, la pratique dun sport, quel quil
soit, va mettre en jeu les qualités suivantes :
* la vitesse,
* la résistance,
* lendurance,
* la force,
* la souplesse,
* ladresse et la coordination.
Il reste à y ajouter des qualités sociales et danticipation,
que nous résumerons par ce terme :
* le sens tactique.
Suivant le sport pratiqué, chacune de ces qualités revêt
une importance différente. Dans le cas des sports dhiver,
on peut proposer le classement suivant :
| Aptitudes
au sport |
Ski alpin,
snowboard |
Ski de
fond |
Raquette |
Vitesse
Résistance
Endurance
Force
Souplesse
Adresse et coordination (technique)
Sens tactique |
**
***
**
*
**
****
*
|
*
***
****
*
*
***
|
*
***
****
*
*
*
|
Dans
le tableau ci-dessus, le nombre de * traduit limportance dune
aptitude pour un sport.
Linteraction entre la pratique dun sport et ces qualités
fonctionne dans les deux sens : un enfant qui possède
un certain nombre dentre elles va être doué pour
les exercices qui les sollicitent, et en retour, la pratique de ces
exercices enrichira son capital de qualités. Là se tient
la grande différence avec ladulte. Chez celui-ci, le
sport entretient ce capital, ce qui constitue déjà en
soi une contribution appréciable à son bien-être
et à sa santé. En revanche, chez lenfant, le sport
participe activement à son développement. Voyons quelles
sont les conséquences.

Développement
de lenfant à travers le sport
Photo OT
Obergurgl
|
Première
constatation : lenfant nest pas un adulte. En dautres
termes, il grandit, et cela dans sa tête autant que dans son
corps. Si lon imagine aisément que le sport va participer
pleinement à la construction de son corps, il ne faut pas oublier
non plus que cette construction du corps aura des répercussions
profondes sur celle de son esprit.
Un esprit sain dans un corps sain
1. Développement du " corps sain "
Tout dabord, la pratique dun sport va cultiver les qualités
citées plus haut. Rappelons les aptitudes physiques qui vont
le plus en bénéficier :
* Lendurance : elle conditionne le bon développement
du cur et du système cardiovasculaire, donc du souffle
et de la bonne respiration.
* La souplesse : si cette qualité, qui concerne à
la fois les muscles, les tendons et les articulations, est naturelle
chez lenfant, il est néanmoins important de lentretenir
régulièrement. Insuffisamment exercée, elle disparaît
bien vite.
* La force : autre qualité fondamentale du muscle, il
est bon de la développer très progressivement par une
pratique ludique, puis par un entraînement sportif adapté
* La coordination motrice : cest elle qui permet dexécuter
des combinaisons de gestes de plus en plus complexes. Plus on la travaille
tôt dans lenfance, plus elle est efficace.
* Léquilibre.
2.
Développement de " lesprit sain "
On le voit, le sport participe directement à la construction
de son corps et de la découverte de ses possibilités.
Mais au-delà, cest tout son développement qui
est favorisé, à travers les quatre axes qui suivent :
* Le développement psychomoteur : le sport occasionne
de nombreux mouvements dans lespace. Pour cette raison, il accélère
lacquisition de la latéralisation, de la perception du
corps et la prise de conscience du schéma corporel, ainsi que
la coordination dynamique générale et les notions spatiales.
* Les fonctions cognitives : un sport, même très
ludique, nécessite un apprentissage. Pour ces raisons, il développe
des qualités comme lattention, la concentration, la mémoire,
la planification, et lanticipation.
* Les capacités à communiquer : à travers
la pratique dun sport, lenfant va devoir comprendre des
consignes et exprimer ses pensées. Il va donc affiner ses moyens
de communication. Cela conduit, en premier lieu, à une plus
grande autonomie.
* Lappétit de vie : chaque journée aux sports
dhiver amenant son lot dexpériences nouvelles et
de rencontres humaines, lenfant va goûter à un
concentré de ce à quoi il sera confronté par
la suite dans sa vie. Il apprend ainsi à gérer réussites
et échecs, rapports à autrui, créativité
et émotions.
Si la plupart des progrès dans ces quatre directions peuvent
sembler imperceptibles à nos yeux dadultes, elles nen
ont pas moins des conséquences clairement mesurables. La santé
physique et mentale de lenfant, sa confiance en lui, la qualité
de son sommeil ou la réussite scolaire sont autant dindications
claires de son développement harmonieux.

Les
risques liées à la pratique des sports dhiver
pour lenfant

Photo OT St
Sorlin |
Hors
des contre-indications médicales, comme par exemple la mucoviscidose
ou une cardiopathie prononcée, les risques sont de deux ordres.
Ils peuvent être dus à lenvironnement (altitude,
froid, rayonnement solaire), ou au sport lui-même (accidents,
déshydratation, épuisement).
1. Lenfant et laltitude
Tout dabord, comme je vous lécrivais dans mes recommandations
aux femmes enceintes, les sports dhiver ont tous en commun de
se pratiquer en montagne, cest-à-dire dans un environnement
particulier. A ceci, il faut ajouter le fait que lendurance
et la résistance physique de lenfant sont limitées.
Nous ne répéterons jamais assez les quelques bonnes
habitudes à respecter, aussi bien pour son confort que pour
sa santé :
* Il fait froid : équiper lenfant de vêtements
chauds et confortables. Attention au ski de fond, qui peut se révéler
asthmogène : le froid est un facteur déclenchant
les crises dasthme.
* Le rayonnement solaire est intense : lui faire porter des lunettes
(avec des verres incassables) afin de prévenir lophtalmie
des neiges, et appliquer régulièrement de la crème
solaire écran total.* La pression partielle de vapeur deau
est faible : lui faire boire de leau (ou de leau
sucrée) fréquemment.* Lair sappauvrit en
oxygène : éviter daller au-dessus de 1500
mètres avec un enfant de moins de 6 mois. Par la suite, pas
de précautions supplémentaires par rapport à
ladulte.* La pression atmosphérique varie (en voiture,
ou en téléphérique) : à la descente,
faire déglutir lenfant pour faire passer les douleurs
auriculaires. Au besoin, lui faire mâcher un chewing-gum. Si
lenfant est enrhumé, évitez de lemmener
rapidement au-dessus de 3000 mètres.
2.
Les accidents (à éviter)
Si lon regarde les statistiques établies par lassociation
"Médecins de Montagne", on constate que le risque
daccident en ski alpin est de 2.5 accidents pour 1000 journées
de ski. Chez lenfant, ce risque est légèrement
supérieur à cette moyenne. Ceci est du à une
répartition traumatique différente. Pendant lhiver,
les médecins voient passer de jeunes skieurs présentant
des fractures de la jambe (30% des lésions), des atteintes
au genou (rotule, parfois ligament croisé antérieur)
et surtout des traumatismes crâniens par collision avec un bâton,
un autre skieur, ou une perche du téléski. La gravité
des traumatismes crâniens nécessite souvent une hospitalisation.
En surf, même si un surfeur qui a 7 jours de pratique se débrouille
bien mieux quun skieur de même niveau, le portrait nest
guère plus brillant. Les jambes et genoux sont moins fréquemment
concernés, mais les fractures de lavant-bras et du poignet
représentent 50% des traumatismes.
3. Recommandations pratiques
Si le port dun plâtre est source de gloire et de respect
pour certains enfant lorsquils retournent à lécole,
des conséquences plus néfastes sont susceptibles de
se faire sentir longtemps. Alors, pour mettre toutes les chances du
côté de votre enfant, voici ce que vous pouvez envisager :
* Du côté matériel : veillez à bien
choisir le matériel de ski. Les chaussures ne doivent pas être
usées, ni trop rigides, et surtout elles doivent être
adaptées à la taille et au volume du pied de lenfant.
A chaque séjour, réglez les fixations à la bonne
valeur de dureté. Au besoin, testez-les en faisant un essai
manuel de déchaussage. Les skis doivent être à
la bonne taille ; pour les débutants, la longueur du ski
est inférieuer à la taille de lenfant). Ils doivent
présenter des carres et une semelle en bon état. Pour
le snowboard, il existe un accessoire capable de réduire la
fracture du poignet qui menace particulièrement les débutants :
les boardies. Il sagit dun petit patin avec une poignée
damortissement, que lon tient à la main lorsquon
surfe. En cas de chute, il permet un appui glissé de la main
sur la neige. Enfin, et cela concerne aussi bien les surfeurs que
les skieurs, le casque est le seul moyen de protéger la tête
de vos enfants en cas de choc. Ne perdez pas de vue que la témérité
des bambins et des ados est la cause dun taux de collision particulièrement
élevé. Un bon casque est parfaitement ajusté
au crâne de lenfant, ne le gène pas dans ses mouvements,
et doit obligatoirement porter le numéro de la norme EN 1077.
Après un impact, le casque doit être changé, même
sil ne porte aucune trace.
* Du côté fatigue : veillez à respecter le
rythme de votre enfant. Il se fatigue plus vite que vous. La fatigue,
et plus encore lépuisement, sont à lorigine
de chutes à répétition. Prenez des barres chocolatées
ou des fruits sec pour prévenir lhypoglycémie.
* Choix des pistes : il est fonction du niveau physique et technique
de votre enfant, des conditions de neige et des remontées mécaniques
qui permettent dy accéder. Ne le surestimez pas. De toute
manière, un jour viendra où il vous laissera sur place

En
conclusion
Photo OT
Sept Laux
|
Que
vous habitiez au pied de la montagne ou à des centaines de
kilomètres, un séjour à la montagne sera de toute
manière un moment de dépaysement complet, à vivre
en famille ! A la journée ou pour la semaine, si vous
respectez les précautions dont je vous ai parlé plus
haut, foi de marmotte, tout devrait bien se passer, et votre enfant
devrait en redemander.
Ceci dit, ne perdez pas de vue le plus important : les sports
dhiver tirent leur raison dêtre du plaisir que lon
prend à les pratiquer. Plaisir de leffort, certes, mais
surtout plaisir de la glisse et plaisir du paysage.
Quelques repères chronologiques
* 3 ans : débuts à ski. Le ski est un jeu
* 4 ans : patin à glace
* 5 ans : lenfant aborde le ski comme une activité
physique. Débuts en snowboard
* 6 ans : débuts en télémark
* 6 - 8 ans : limage du schéma corporel se conforte.
Consolidation du fonctionnement biomécanique articulaire
* 7 ans : premiers entraînements, compétitions
* Pré-puberté : sports dendurance. On peut
commencer à faire du ski de fond, ou du ski de randonnée
* 9-13 : les capacités dapprentissage sont les plus
grandes. Cest le moment daméliorer sa technique
* 12 ans : lenfant peut emprunter les télésièges
non accompagné
* Adolescence : rébellion contre les parents, la société,
bref, tout ce qui est structure. Le sport peut être un moyen
de détourner, voire de canaliser son agressivité.