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19-1-2001
 
Edition 5

 

 

Aux sports d’hiver avec des enfants ?

Dans l’édition précédente du magazine, je vous confiais quelques recommandations (petites) de Marmotte (Géante) adressées aux femmes enceintes désireuses de partir aux sports d’hiver. Admettons maintenant que quelques mois ou quelques années se soient écoulés depuis. Votre enfant est maintenant capable de marcher comme un(e) grand(e), et vous aimeriez profiter de cette autonomie naissante pour l’emmener avec vous aux sports d’hiver. Une question toute légitime se pose à vous : est-ce vraiment une bonne idée ?

Voici quelques éléments de réponse.

 

 

Les sports d’hiver et l’enfant


Photo OT Flims

1.Quels sports pratiquer ?

* Le ski alpin est le plus traditionnel. Il permet d'acquérir des sensations de glisses en toute indépendance des jambes. Il est possible de débuter dès l’âge de 3 ans, mais sans bâtons. Ce n'est que lorsque l'enfant aura acquis un niveau technique lui permettant de tourner et de s'arrêter que l'on pourra lui faire prendre des bâtons.
* La luge est une activité ludique plus qu'un sport pour l'enfant. La maîtrise de la direction et de la vitesse doivent être acquises avant de laisser l'enfant évoluer seul. Sans cela, le risque d’accidents demeure réellement élevé.
* Le snowboard : ce sport récent remporte un réel succès chez les jeunes. La preuve : dans certaines tranches d'âge, on dénombre plus de surfeurs que de skieurs ! Les débuts en surf peuvent se faire dès l'âge de 5 ans.
* Le ski de fond : le ski nordique se pratique dès le plus jeune âge, surtout dans son mode traditionnel : le pas alternatif. L’apprentissage de la technique plus récente du skating, plus performante, doit se faire un peu plus tard, car elle nécessite une bonne indépendance des jambes.
* La randonnée à skis (ou peaux de phoques) : ski nordique à la montée et ski alpin à la descente, c’est le 4x4 des sports d’hiver. Il s’agit sans aucun doute du sport de glisse dont l’apprentissage se produit le plus tard, car il nécessite une endurance solide et d’être un skieur alpin passe-partout.
* La raquette : ce sport permettant de pratiquer la randonnée sur neige est accessible également dès le plus jeune âge, à condition que la distance et la difficulté soit adaptée aux petites jambes de l’enfant.
* Le télémark : c’est l’ancêtre nordique du ski alpin. Le déclenchement des virages, avec une fente et une flexion de genou prononcée, est plus exigeant physiquement que celui de sa descendance. L'enfant tenté par cette discipline peut s'y adonner sans risque particulier dès l'âge de 6 ans.
* Le patin à glace : comme le ski, le patin peut être commencé très jeune. La progression des enfants est rapide, elle leur permet d'acquérir des notions d'équilibre de manière très précoce.

2. Les compétences exercées par les sports d’hiver

Sur le plan physiologique, la pratique d’un sport, quel qu’il soit, va mettre en jeu les qualités suivantes  :
* la vitesse,
* la résistance,
* l’endurance,
* la force,
* la souplesse,
* l’adresse et la coordination.
Il reste à y ajouter des qualités sociales et d’anticipation, que nous résumerons par ce terme :
* le sens tactique.
Suivant le sport pratiqué, chacune de ces qualités revêt une importance différente. Dans le cas des sports d’hiver, on peut proposer le classement suivant :

Aptitudes au sport Ski alpin, snowboard Ski de fond Raquette
Vitesse
Résistance
Endurance
Force
Souplesse
Adresse et coordination (technique)
Sens tactique

**
***
**
*
**
****
*

*
***
****
*
*
***

*
***
****
*
*
*

Dans le tableau ci-dessus, le nombre de * traduit l’importance d’une aptitude pour un sport.
L’interaction entre la pratique d’un sport et ces qualités fonctionne dans les deux sens : un enfant qui possède un certain nombre d’entre elles va être doué pour les exercices qui les sollicitent, et en retour, la pratique de ces exercices enrichira son capital de qualités. Là se tient la grande différence avec l’adulte. Chez celui-ci, le sport entretient ce capital, ce qui constitue déjà en soi une contribution appréciable à son bien-être et à sa santé. En revanche, chez l’enfant, le sport participe activement à son développement. Voyons quelles sont les conséquences.

 

 

Développement de l’enfant à travers le sport


Photo OT Obergurgl

Première constatation : l’enfant n’est pas un adulte. En d’autres termes, il grandit, et cela dans sa tête autant que dans son corps. Si l’on imagine aisément que le sport va participer pleinement à la construction de son corps, il ne faut pas oublier non plus que cette construction du corps aura des répercussions profondes sur celle de son esprit.
Un esprit sain dans un corps sain…

1. Développement du " corps sain "

Tout d’abord, la pratique d’un sport va cultiver les qualités citées plus haut. Rappelons les aptitudes physiques qui vont le plus en bénéficier :
* L’endurance : elle conditionne le bon développement du cœur et du système cardiovasculaire, donc du souffle et de la bonne respiration.
* La souplesse : si cette qualité, qui concerne à la fois les muscles, les tendons et les articulations, est naturelle chez l’enfant, il est néanmoins important de l’entretenir régulièrement. Insuffisamment exercée, elle disparaît bien vite.
* La force : autre qualité fondamentale du muscle, il est bon de la développer très progressivement par une pratique ludique, puis par un entraînement sportif adapté
* La coordination motrice : c’est elle qui permet d’exécuter des combinaisons de gestes de plus en plus complexes. Plus on la travaille tôt dans l’enfance, plus elle est efficace.
* L’équilibre.

2. Développement de " l’esprit sain "

On le voit, le sport participe directement à la construction de son corps et de la découverte de ses possibilités. Mais au-delà, c’est tout son développement qui est favorisé, à travers les quatre axes qui suivent :
* Le développement psychomoteur : le sport occasionne de nombreux mouvements dans l’espace. Pour cette raison, il accélère l’acquisition de la latéralisation, de la perception du corps et la prise de conscience du schéma corporel, ainsi que la coordination dynamique générale et les notions spatiales.
* Les fonctions cognitives : un sport, même très ludique, nécessite un apprentissage. Pour ces raisons, il développe des qualités comme l’attention, la concentration, la mémoire, la planification, et l’anticipation.
* Les capacités à communiquer : à travers la pratique d’un sport, l’enfant va devoir comprendre des consignes et exprimer ses pensées. Il va donc affiner ses moyens de communication. Cela conduit, en premier lieu, à une plus grande autonomie.
* L’appétit de vie : chaque journée aux sports d’hiver amenant son lot d’expériences nouvelles et de rencontres humaines, l’enfant va goûter à un concentré de ce à quoi il sera confronté par la suite dans sa vie. Il apprend ainsi à gérer réussites et échecs, rapports à autrui, créativité et émotions.
Si la plupart des progrès dans ces quatre directions peuvent sembler imperceptibles à nos yeux d’adultes, elles n’en ont pas moins des conséquences clairement mesurables. La santé physique et mentale de l’enfant, sa confiance en lui, la qualité de son sommeil ou la réussite scolaire sont autant d’indications claires de son développement harmonieux.

 

 

Les risques liées à la pratique des sports d’hiver pour l’enfant


Photo OT St Sorlin

Hors des contre-indications médicales, comme par exemple la mucoviscidose ou une cardiopathie prononcée, les risques sont de deux ordres. Ils peuvent être dus à l’environnement (altitude, froid, rayonnement solaire), ou au sport lui-même (accidents, déshydratation, épuisement).

1. L’enfant et l’altitude

Tout d’abord, comme je vous l’écrivais dans mes recommandations aux femmes enceintes, les sports d’hiver ont tous en commun de se pratiquer en montagne, c’est-à-dire dans un environnement particulier. A ceci, il faut ajouter le fait que l’endurance et la résistance physique de l’enfant sont limitées. Nous ne répéterons jamais assez les quelques bonnes habitudes à respecter, aussi bien pour son confort que pour sa santé :
* Il fait froid : équiper l’enfant de vêtements chauds et confortables. Attention au ski de fond, qui peut se révéler asthmogène : le froid est un facteur déclenchant les crises d’asthme.
* Le rayonnement solaire est intense : lui faire porter des lunettes (avec des verres incassables) afin de prévenir l’ophtalmie des neiges, et appliquer régulièrement de la crème solaire écran total.* La pression partielle de vapeur d’eau est faible : lui faire boire de l’eau (ou de l’eau sucrée) fréquemment.* L’air s’appauvrit en oxygène : éviter d’aller au-dessus de 1500 mètres avec un enfant de moins de 6 mois. Par la suite, pas de précautions supplémentaires par rapport à l’adulte.* La pression atmosphérique varie (en voiture, ou en téléphérique) : à la descente, faire déglutir l’enfant pour faire passer les douleurs auriculaires. Au besoin, lui faire mâcher un chewing-gum. Si l’enfant est enrhumé, évitez de l’emmener rapidement au-dessus de 3000 mètres.

2. Les accidents (à éviter)

Si l’on regarde les statistiques établies par l’association "Médecins de Montagne", on constate que le risque d’accident en ski alpin est de 2.5 accidents pour 1000 journées de ski. Chez l’enfant, ce risque est légèrement supérieur à cette moyenne. Ceci est du à une répartition traumatique différente. Pendant l’hiver, les médecins voient passer de jeunes skieurs présentant des fractures de la jambe (30% des lésions), des atteintes au genou (rotule, parfois ligament croisé antérieur) et surtout des traumatismes crâniens par collision avec un bâton, un autre skieur, ou une perche du téléski. La gravité des traumatismes crâniens nécessite souvent une hospitalisation. En surf, même si un surfeur qui a 7 jours de pratique se débrouille bien mieux qu’un skieur de même niveau, le portrait n’est guère plus brillant. Les jambes et genoux sont moins fréquemment concernés, mais les fractures de l’avant-bras et du poignet représentent 50% des traumatismes.

3. Recommandations pratiques

Si le port d’un plâtre est source de gloire et de respect pour certains enfant lorsqu’ils retournent à l’école, des conséquences plus néfastes sont susceptibles de se faire sentir longtemps. Alors, pour mettre toutes les chances du côté de votre enfant, voici ce que vous pouvez envisager :
* Du côté matériel : veillez à bien choisir le matériel de ski. Les chaussures ne doivent pas être usées, ni trop rigides, et surtout elles doivent être adaptées à la taille et au volume du pied de l’enfant. A chaque séjour, réglez les fixations à la bonne valeur de dureté. Au besoin, testez-les en faisant un essai manuel de déchaussage. Les skis doivent être à la bonne taille ; pour les débutants, la longueur du ski est inférieuer à la taille de l’enfant). Ils doivent présenter des carres et une semelle en bon état. Pour le snowboard, il existe un accessoire capable de réduire la fracture du poignet qui menace particulièrement les débutants : les boardies. Il s’agit d’un petit patin avec une poignée d’amortissement, que l’on tient à la main lorsqu’on surfe. En cas de chute, il permet un appui glissé de la main sur la neige. Enfin, et cela concerne aussi bien les surfeurs que les skieurs, le casque est le seul moyen de protéger la tête de vos enfants en cas de choc. Ne perdez pas de vue que la témérité des bambins et des ados est la cause d’un taux de collision particulièrement élevé. Un bon casque est parfaitement ajusté au crâne de l’enfant, ne le gène pas dans ses mouvements, et doit obligatoirement porter le numéro de la norme EN 1077. Après un impact, le casque doit être changé, même s’il ne porte aucune trace.
* Du côté fatigue : veillez à respecter le rythme de votre enfant. Il se fatigue plus vite que vous. La fatigue, et plus encore l’épuisement, sont à l’origine de chutes à répétition. Prenez des barres chocolatées ou des fruits sec pour prévenir l’hypoglycémie.
* Choix des pistes : il est fonction du niveau physique et technique de votre enfant, des conditions de neige et des remontées mécaniques qui permettent d’y accéder. Ne le surestimez pas. De toute manière, un jour viendra où il vous laissera sur place…

 

 

En conclusion


Photo OT Sept Laux

Que vous habitiez au pied de la montagne ou à des centaines de kilomètres, un séjour à la montagne sera de toute manière un moment de dépaysement complet, à vivre en famille ! A la journée ou pour la semaine, si vous respectez les précautions dont je vous ai parlé plus haut, foi de marmotte, tout devrait bien se passer, et votre enfant devrait en redemander.
Ceci dit, ne perdez pas de vue le plus important : les sports d’hiver tirent leur raison d’être du plaisir que l’on prend à les pratiquer. Plaisir de l’effort, certes, mais surtout plaisir de la glisse et plaisir du paysage.
 
 
Quelques repères chronologiques
* 3 ans : débuts à ski. Le ski est un jeu
* 4 ans : patin à glace
* 5 ans : l’enfant aborde le ski comme une activité physique. Débuts en snowboard
* 6 ans : débuts en télémark
* 6 - 8 ans : l’image du schéma corporel se conforte. Consolidation du fonctionnement biomécanique articulaire
* 7 ans : premiers entraînements, compétitions
* Pré-puberté : sports d’endurance. On peut commencer à faire du ski de fond, ou du ski de randonnée
* 9-13 : les capacités d’apprentissage sont les plus grandes. C’est le moment d’améliorer sa technique
* 12 ans : l’enfant peut emprunter les télésièges non accompagné
* Adolescence : rébellion contre les parents, la société, bref, tout ce qui est structure. Le sport peut être un moyen de détourner, voire de canaliser son agressivité.

 

Texte: Laurent Schillinger

 

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