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4-1-2001
 
Edition 4

 

 

 

Le ski, ou cinq mille ans de glisse dans les paysages enneigés

Une fois n’est pas coutume, nous allons débuter par un propos vieux de presque cent ans… Il s’agit de quelques réflexions (d’avenir ?) que le baron Pierre de Coubertin nous livrait au sujet du ski, dans son ouvrage pédagogie sportive : " Moins favorisé, le ski sans doute ne glissera jamais sur de la neige artificielle. A part cela c’est le sport le plus accommodant qui existe ; très individualiste, il se dose de façon à pouvoir satisfaire l’athlète en pleine vigueur aussi bien que l’homme âgé en plein déclin sportif. Très varié aussi, il est aux pieds du sauteur un engin d’audace, à ceux de l’excursionniste longue distance, un engin d’endurance. Traîné par un cheval, le skieur a besoin de force et de souplesse étroitement unies ; pour exécuter enfin des "Télémark", des "Kristiana" ou des "Slaloms", il lui faut surtout de l’adresse générale. "

 

Si, notamment grâce à l’évolution des technologies, quelques-unes des opinions d’alors ont été largement démenties depuis, le baron olympique avait vu juste sur l’essentiel : le ski est un sport susceptible de donner du plaisir à chacun. Exigeant invariablement de l’adresse de la part de ses pratiquants, mais aussi de l’audace et de l’endurance, les disciplines qui constituent maintenant la grande famille du ski offrent en retour une telle diversité de sensations qu’il est impensable que l’on ne puisse y trouver son compte… A moins, bien sûr, de détester la neige. Si vous êtes dans ce cas, mieux vaut détourner votre regard des lignes qui suivent ci-dessous, voire même de zapper en direction de soleil.com ou plage.net ; elles risqueraient fort d’offenser votre goût. Aujourd’hui, il sera question d’histoire : le ski, qui est-il, d’où vient-il et où va-t-il ?

Le ski : un moyen de transport qui date d’avant la roue

Face à un entourage hostile, l’Homme a de tout temps oscillé entre deux attitudes : fuir vers des cieux plus hospitaliers, ou s’adapter à l’endroit. Apparemment, les habitants des régions de l’Europe nordique étaient plutôt du genre à choisir la seconde option. Il y a plus de quatre mille ans, bien avant l’invention de la roue, les hommes qui peuplaient ces régions savaient déjà se déplacer sur la neige. Les gravures rupestres découvertes sur l’île de Rödöy, sur la côte septentrionale de la Norvège, datées de 2000 à 2500 av. J.-C., en attestent. Des fragments de skis, retrouvés dans différents marécages scandinaves, ont également confirmé cette hypothèse. Les gravures de Rödöy représentent un homme qui se déplace avec, aux pieds, deux grandes lattes de près de trois fois sa taille, qui semble s’équilibrer avec un bâton porté des deux mains comme une pagaie de kayak. Sa tête est également parée de deux plumes, mais cela devait vraisemblablement avoir un caractère ornemental ou hiérarchique plutôt qu’utilitaire.

A l’époque, ces deux objets longilignes portaient déjà certainement le nom de " ski ", terme qui en norvégien signifie " bûche ", c’est-à-dire la pièce de bois dans laquelle ils étaient taillés à coups de hache. On retrouve cette phonétique dans le mot finlandais " suski ", commun aux dialectes finno-ougriens vieux de plusieurs milliers d’années, qui désigne tout engin glissant sur la glace ou la neige. Certains historiens avancent même que, pour trouver l’ancêtre commun au ski et à la raquette, il faut remonter encore un peu plus loin dans le temps et se rendre dans l’Altaï, aux confins de la Sibérie et de la Mongolie : là bas, le terme qui désigne les " patins à neige " se prononce de manière sensiblement identique à " suski ". Par ailleurs, avant la fin de la dernière période glaciaire, des populations de cette région ont migré selon trois courants. Un premier s’est dirigé vers la Mandchourie, traversant ensuite le détroit de Behring pour atteindre l’Amérique du Nord, un second vers la Finlande et l’Islande, et le dernier vers l’Asie Mineure et les Balkans. Les migrants qui ont abouti en Europe du Nord seraient donc les ancêtres des inventeurs du ski.


Le Mont Blanc - photo OT Chamonix

La naissance du ski plaisir

Passons sous silence les millénaires pendant lesquels les hommes se sont déplacés à plat sur les skis, bien souvent –hélas- à des fins guerrières, pour aboutir d’un trait au XIXième siècle. En Norvège, depuis 1774, des compétitions de ski sont organisées en hiver. En 1826, l’armée norvégienne dissout ses derniers détachements de skieurs. Ce sont donc les tous premiers balbutiements du ski comme activité sportive. Pendant ce temps, les Alpes suisses et le massif du Mont Blanc attirent de plus en plus d’Anglais, venant d’abord pour le tourisme estival, puis pour se lancer à l’assaut des premiers sommets en hivernale. Certains finissent même par se laisser convaincre par les hôteliers de venir faire du tourisme en hiver. Ainsi, en 1864, l’hôtel " Engadiner Kulm " de Saint-Moritz reçoit sa première clientèle d’hiver. Il a quand même fallu quatre ans aux clients de l’hôtelier, Johanes Badrutt, pour se décider à revenir en hiver. Saint-Moritz devient alors la première station hivernale.

La découverte du Nouveau Continent

De l’autre côté de l’Atlantique, à cette époque, la ruée vers l’or attire les colons. Arrivés sur les pentes de la Sierra Nevada, ils rencontrent les montagnes en même temps que de rudes conditions météorologiques. Mais qui sont-ils, ces colons ? Des Irlandais, des Britanniques, bien sûr, mais aussi des Scandinaves, dont près de 80% sont norvégiens… et qui ont glissé leurs skis dans les cales du bateau. De ce côté-ci de l’Atlantique, les " snow shoes " d’importation ont conservé toute leur utilité pour se déplacer dans la neige… ou pour tuer le temps. En hiver, les chercheurs d’or organisent des compétitions, qui tiennent à la fois du derby et de la descente. Chaussés de skis démesurés (quatre mètres en 1860 !), un bâton à la main servant à la fois de balancier et de frein, ils s’élancent en groupe sur des pentes parfois raides. Cependant, ces premières compétitions internationales ne sont pas les seules à avoir contribué à la célébrité du ski outre-Atlantique. Il a ses héros. Parmi ceux-ci, John " snow shoe " Thompson, qui a gagné en 1851 la région des mines. Il y officiera en tant que facteur à ski pendant vingt ans. Sa mission : désenclaver l’Ouest, rien que ça. Ses contraintes : amener 40 kilos de courrier à bon port, de Placerville, Californie à Carson City, Nevada, en passant par des endroits situés à près de 3000 mètres d’altitude. Son trajet : 145 kilomètres ! Avec ses skis en chêne de 12 kilos, il ne lui faut pourtant qu’onze jours et demi pour se rendre à Genoa, et trois et demi pour le retour. Mais sans doute était-il prédestiné : Thompson est le patronyme "prononçable" que l’officier d’état civil lui a attribué lorsqu’il avait 10 ans, à la descente du bateau qui l’avait transporté durant trois mois et demi. John Tostensen est né à Telemark, Norvège…

Naissances conjointes de la fixation de ski et du virage télémark

Mais laissons la popularité du ski grandir aux Etats Unis (depuis peu) d’Amérique, et revenons en Europe nous préoccuper de la naissance de l’accessoire indispensable au ski, la fixation. L’action se déroule dans les montagnes norvégiennes, où des compétitions opposent régulièrement les skieurs de deux vallées voisines, celle de Christiania (devenue Oslo depuis), et celle de… Telemark ; encore. Rendons-nous sur la colline d’Iversloekken, dans les faubourgs de Christiania, où les champions locaux, en cet hiver 1868, attendent de pied ferme leurs rivaux de Telemark, et principalement Sondre Norheim. Il se présente chaussé de fixations qu’il a confectionnées lui-même en tressant de fines branches de saule. Ces lanières enserrent complètement son talon, ce qui apparaît extrêmement dangereux aux puristes. Ils préfèrent en rester aux courroies entourant juste la pointe de la chaussure, laissant libre le talon. La descente, l’épreuve de saut, le parcours de fond et les skieurs locaux seront chargés de faire entendre raison à ce prétendu novateur de 43 ans. Au fil des épreuves, leurs espoirs se décomposent rapidement. Norheim ne se contente pas de se défendre, il impose l’évidence : cette nouvelle technique venue de Telemark, presque un pas de danse, surpasse l’ancienne en tout point. Le ski nordique est au point, prêt à affronter l’avenir et d’autres horizons.

Quelques années plus tard, le télémark gagne à son tour les Etats Unis. Plusieurs de ses stars vont y répandre la bonne parole. Sondre Norheim en personne, toujours jeune à 61 ans, ne fait pas exception, puisqu’il part pour le Dakota du Nord en 1886.

Bien plus tard encore, c’est-à-dire en ce moment même, le télémark connaît à nouveau un regain d’intérêt : regardez bien sur les pistes, et surtout hors-piste ; si vous croisez un skieur à l’allure majestueuse, genou plié, il s’agit d’un télémarkeur !

Popularité du ski autour du globe

Nous voici à la fin du XIXième siècle. Le ski, certes, est connu à travers plusieurs continents, mais, malgré son succès et la popularité grandissante de la montagne hivernale, il lui manque un événement de portée internationale pour attirer les foules. Une fois de plus, l’événement en question sera le fait d’un Norvégien. Le conservateur du musée de Bergen, Fridtjof Nansen (essayez de prononcer son prénom, pour rire), entreprend très sérieusement en 1888 de traverser le Groenland à skis, d’Est en Ouest. La France et l’Angleterre, grandes puissances coloniales, s’y sont déjà cassé les dents à plusieurs reprises, butant invariablement sur le froid et la neige. En 1887, un journal de Bergen a d’ailleurs publié cet entrefilet : " Le conservateur du musée de Bergen, Fridtjof Nansen, projette d’accomplir l’an prochain, à skis, une course de fond à travers le Groenland. Places assises dans les crevasses des glaciers. Les billets de retour ne sont pas nécessaires. " Qu’à cela ne tienne, un an plus tard, ces railleries sont déjà bien loin, et, en 39 jours, Nansen et son équipe rallient Umivik à Godthaab, la capitale, située sur la côte occidentale. C’est l’exploit qui fait de lui un héros national. Le livre qu’il publie ensuite et l’admiration qu’il suscite va drainer un nombre incroyable de pratiquants qui viennent se joindre aux pionniers de la première heure. Traduit en allemand dès 1891, on retrouve le livre dans les milieux universitaires de Munich, où déjà les exploits des alpinistes échauffent couramment les débats. La même année naît le premier ski club de la Forêt Noire, à Todtnau. L’exploit de Nansen fait des émules dans les milieux étudiants, où les jeunes norvégiens expatriés initient leurs camarades suisses, français ou russes. Peu de temps après, des sections de skis sont crées dans la plupart des clubs alpins. L’engouement est tel qu’un marché commercial est en train de naître. Et, puisque les skis d’importation sont hors de prix, des fabriques de skis se construisent partout dans les Alpes. On y fabrique des engins identiques aux produits d’importation : environ trois mètres de long, muni de fixations qui maintiennent à peine le pied latéralement et peu ou pas le talon, et ayant pour frein un unique bâton.

les missionnaires

A l’orée qu XXième siècle, quelques noms se distinguent dans les pays de l’arc alpin. En 1897, Wilhelm Paulcke, géologue et alpiniste allemand, traverse l’Oberland Bernois en compagnie de quatre compagnons, et chaussé de skis aux fixations qu’il a lui-même adaptées, pour remédier à l’inconvénient majeur de la fixation de jonc de télémark : sur les pentes des Alpes, les vitesses atteintes sont plus élevées. La moindre poussée latérale suffit alors à désunir fixation et chaussure. Le système de Paulcke s’avère efficace, et il persévèrera dans cette voie, laissant pas moins de 180 modèles de fixations derrière lui, ainsi que quelques ouvrages.

Un peu plus à l’Ouest, en France, l’épopée du ski est due à Henry Duhamel. Au cours d’une visite à l’exposition universelle de 1879, il se procure une paire de skis sur le stand suédois. De retour à Grenoble, il éprouve toutes les peines du monde à en tirer parti sur les pentes de Chamrousse. Son problème : les fixations ! L’exposant suédois lui avait déclaré : " deux lanières suffisent. " De ses premiers instants de perplexités, Duhamel écrira plus tard : " durant de longs jours, je me trouvai aussi embarrassé d’en tirer convenablement profit qu’une carpe peut l’être d’une pomme. " Et pourtant il persévère, invente au passage l’arrêt Briançon (une chute sur le côté), et en 1896, l’emploi de ces longues raquettes en bois que l’on nomme enfin " skis " a séduit suffisamment d’alpinistes dauphinois pour fonder le premier ski club français. Il compte quarante membres.

Le ski est devenu populaire dans les pays alpins, et, à défaut d’une tradition millénaire comme dans les pays nordiques, les ouvrages pédagogiques et techniques rassemblent toute la connaissance durement acquise sur les pentes de poudreuse. L’outil, malgré ses dimensions encombrantes, a fait preuve de son efficacité en montagne. Il est alors adopté par l’armée française durant les hivers 1901 et 1902. L’Autriche, la Russie, l’Allemagne, l’Italie et le Japon ne tardent pas à équiper de skis leurs bataillons de montagne. Tous ces pays ne le savent pas encore, mais ils préparent leurs morts à skis de la première guerre mondiale.

" voici le ski alpin ! "

Loin de ces préoccupations belliqueuses, Mathias Zdarsky, un peintre autrichien de Lilienfeld, a lui aussi fait l’acquisition d’une paire de ski norvégienne, en 1890. A l’instar de Duhamel, il déplore leur efficacité limitée à la descente. Et tout n’est pas dû aux fixations : décidément, ils sont trop longs. Alors il en scie les extrémités postérieures, improvise des montures inédites et passe à l’essai. Il est conquis : certes, en trace directe, ces nouveaux skis n’offrent pas la même stabilité que leurs interminables parents, mais ils tournent tellement plus facilement, et dans un rayon plus réduit ! Il va confectionner ses propres skis, de plus en plus courts : jusqu’à 1.80m ! Parallèlement, il endosse la paternité d’une fixation pourvue d’une monture en tôle, la " Lilienfelder. " Une talonnière en fer évite le glissement latéral du pied, et un ressort en assure la stabilité. Zdarsky déclare –et à juste titre- " Voici le ski alpin ".

Dès le début du XIXième siècle, les premières compétitions européennes rassemblent, ou plutôt opposent, les skieurs scandinaves et alpins. Les premiers règlements, parfois contradictoires, et les premières fédérations, souvent opposées, voient le jour. Le 7 janvier 1907, c’est la première grande compétition de descente, à Montana, en Suisse. On parle aussitôt d’interdire le bâton pour l’édition suivante, alors que finalement la paire de bâtons en bambous triomphera. En janvier 1922, la première compétition de slalom est organisée à Murren, en Allemagne. En 1924 a lieu la première épreuve combinée, slalom et descente, sous l’égide de la toute nouvelle Fédération Internationale du Ski (FIS). En 1924 également se déroule à Chamonix la " semaine internationale des sports d’hiver ", à laquelle le CIO ne reconnaîtra son titre définitif de premiers jeux olympiques d’hiver que l’année suivante.

Dans tout ce bouillonnement, un nom –le dernier, promis- doit encore être évoqué. En effet, face à l’expérience millénaire des scandinaves, l’enthousiasme et les livres des pionniers alpins ne suffit pas à démontrer l’efficacité réelle du ski alpin. Il manque aux partisans du ski alpin une école digne de ce nom. C’est là qu’Hannes Schneider entre en scène. Originaire de la région qui donnera son nom à une technique nouvelle et à la première grande compétition internationale, l’Arlberg, skieur doué, il va d’abord se faire connaître comme champion ; en janvier 1903, il remporte la course du ski club Arlberg, fondé deux ans auparavant. En 1922, lorsqu’il entreprend de codifier la technique du ski alpin, il a déjà formé des moniteurs capables d’enseigner à leur tour la " technique de l’Arlberg. " Cette technique constitue la prodigieuse synthèse de ce que les Scandinaves et les chercheurs occidentaux ont découvert depuis plus d’un demi-siècle. Le succès de son école de ski coïncide avec la fin de la suprématie absolue des Norvégiens dans les compétitions de ski. Désormais, l’univers du ski se trouve partagé : d’un côté les disciplines nordiques, avec le fond et le saut, et de l’autre les disciplines nouvelles que sont la descente et le slalom.

Le XXième siècle : le siècle des technologies et du tourisme

La suite, on la connaît mieux. Sous la poussée des fédérations, et avec le renfort des avancées technologiques et du développement du tourisme, le ski alpin est devenu un véritable phénomène de société. Certes, de nombreux individus, à la personnalité ou au talent remarquable, ont encore gravé leurs noms dans l’histoire contemporaine du ski. Compétiteurs, fabricants ou promoteurs, il a fallu toute leur énergie pour voir naître les vacances aux sports d’hiver, les fixations de sécurité, les remontées mécaniques le snowboard ou le carving. Tous ont participé ; les stars immortalisées ente les piquets ou sur de grands champs de poudreuse, comme les scientifiques mettant au point, dans les laboratoires des marques, l’outil qui révolutionnera la glisse ou la sécurité. Qu’ils me pardonnent, mais foi de Marmotte Géante, je me refuse à n’en citer qu’une poignée. Alors je préfère taire leurs noms et mettre en avant les quatre évènements qui, à mon sens, ont le plus façonné le ski d’aujourd’hui.

Le premier, par ordre d’importance et par ordre chronologique, est la construction des premiers remonte-pente dans les années trente. Les téléskis, téléphériques et autres télécabines assurent sans aucun doute le succès du ski. On arrive en haut frais et dispos, prêt à en découdre à 100% avec parfois des milliers de mètres de dénivelée.

Les congés payés, en 1936, constituent le second tournant de l’histoire du ski alpin. Premier fondement du tourisme de masse, cette décision politique a planté le premier jalon de la démocratisation du ski. Sans cela, il serait demeuré réservé aux habitants des régions des pays de montagne, ainsi qu’aux touristes fortunés.

L’événement majeur suivant, qui s’est fait pour sa part en douceur, est toujours en plein déroulement : il s’agit de l’introduction progressive de nouvelles technologies et de nouveaux matériaux dans la confection du matériel de ski. Depuis les premières carres métalliques, qui rendirent possible l’accroche du ski sur neige dure dans les années 30, le plastique est entré dans la composition du ski, des chaussures et des fixations, suivi de peu par les matériaux composites. Depuis l’avènement de la chaussure rigide, la technique n’a pas fondamentalement changé : le ski devient tout simplement plus performant, plus facile et plus diversifié. Parallèlement, de nouvelles disciplines voient le jour : slalom géant, slalom spécial, kilomètre lancé, ski acrobatique, et, plus récemment, sous l’effet du snowboard, le carving et le freestyle.

Quatrième et dernier événement notable (ou déplorable, c’est selon), la ruée vers la neige. De 1950 à 1970 se construisent des stations d’altitude au milieu de zones de haute montagne désertes jusqu’alors. Le tourisme de masse rendu possible par les congés payés se concrétise : on peut venir s’entasser à plus de 50'000 personnes dans quelques hectares de buildings, à un prix défiant toute concurrence.

Inventés avant la roue pour se déplacer sur les contrées enneigées, ces " skis " auront parcouru finalement plus de chemin que leur inventeur ne devait envisager. Sur les montagnes des cinq continents, des remontées mécaniques ont poussé. Autrefois symbole du chemin que l’homme parcourait au sein des éléments naturels, le ski est en passe de devenir, à l’aube du troisième millénaire, aussi bien un objet commercial comme les autres, qu’un instrument de découverte de la montagne et de la nature. Le pouvoir de décider réside dans les mains de chacun : acheter simplement une paire de ski, ou prendre une option sur le plein de sensations ?

Telle est la question…

Texte: Laurent Schillinger

 

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