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15-12-2000
 
Edition 3

Zoom sur Ischgl

Depuis quelques jours, vous hébergez le correspondant allemand de votre fils aîné. Or, alors que vous venez de terminer le récit de vos exploits aux sports d’hiver, contre toute attente, en retour, au lieu du silence respectueux que mérite une telle bravoure, vous l’entendez évoquer Majorque. Ne vous inquiétez pas pour autant au sujet de votre niveau d’allemand. Ni pour son sens de la politesse. Vous n’êtes pas nécessairement retombé à votre niveau de 6ème, et il ne se paie pas non plus forcément votre tête. Si vous le laissez poursuivre, vous comprendrez rapidement où il veut en venir : il va certainement vous dévoiler ses exploits à lui, perpétrés à Ischgl, station de sports d’hiver située en plein cœur du Tyrol autrichien.

Sea, sex and sun ? Non : Snow, sex and sun !

 

Ischgl, station internationale

S’il fallait faire tenir Ischgl en un adjectif, alors on ne conserverait qu’international. En effet, bien que le village en lui-même soit situé dans le Paznauntal, une vallée tout ce qu’il y a de plus autrichien, le domaine skiable vous permettra d’aller promener vos spatules jusqu’en en Suisse. Les remontées mécaniques de la Silvretta Ski Arena, outre les stations d’Ischgl, de Galtür, de Kappl et de See, desservent également le village suisse –et détaxé– de Samnaun. Lorsque vous partez skier, n’oubliez pas votre passeport : vous pourrez le faire tamponner à chacun de vos passages devant le très officiel poste frontière, qui est placé stratégiquement sur le domaine.

Ischgl est également une station de sports d’hiver à la clientèle internationale. De nombreux Allemands, Hollandais et Anglais viennent prêter main-forte aux Autrichiens pour les festivités de l’hiver. La forte fréquentation germanique d’Ischgl et ses nuits agitées lui ont valu son surnom de Majorque des Alpes.

Premier contact avec la station

D’habitude, les premiers sujets que l’on aborde lorsque l’on présente une station sont, au choix, le paysage, l’architecture ou le domaine skiable. Dans le cas présent, le premier constat qui s’impose est le suivant : beaucoup viennent ici pour… y faire la fête ! Les bars d’après-ski sont légion, et ils ne se vident qu’à l’heure où les boîtes de nuits ouvrent. Le fünf Uhr Tee, le Tenne, le Guxa, l’altes Löbli sont les noms, non pas des pistes, mais des clubs à visiter. Mention spéciale au Kuhstahl (l’étable), qui est située à l’extrémité de la piste de retour à la station. On y entre directement après avoir déchaussé ses skis, mais sans quitter ses chaussures de ski. Lorsque le jour décline, les hôtes du bar ne conservent que rarement tout leur équilibre. Les orteils apprécient alors la protection que constituent les chaussures ! Le moment de retirer ces encombrantes bouillottes arrive beaucoup, beaucoup plus tard, après un retour sinueux chez soi, en général un appartement cossu et bien équipé.

Préparez vos Schillings

Après une semaine à ce régime, on ressent la fierté légitime de connaître par cœur une bonne dizaine de chansons à boire allemandes, le soulagement d’envisager un peu de repos, et la vacuité de son porte-monnaie. Tout ce qu’on peut acheter sur place, skipass compris, est à l’image des boissons : assommant. Là se tient le défaut principal de la station ; si le village a su conserver une certaine authenticité, l’accueil, lui, a subi l’avènement du commerce. Le client est client, sans plus. Vous avez besoin d’un tournevis pour régler les fixations de votre snowboard ? Il vous en coûtera 20 Schillings auprès des employés des remontées mécaniques.

Ainsi, si votre budget est un peu court, évitez Ischgl. Ou venez en fin de saison, au mois d’avril, lorsque la clientèle se fait plus rare. Le tarif des forfaits redevient alors acceptable, et, car un bonheur n’arrive jamais seul, le soleil devient lui aussi plus généreux.

Malgré toute l’agitation nocturne, il est possible de goûter la tranquillité à l’occasion d’un séjour dans la région. Si vous vous munissez de boules " Quiès ", après de bonnes nuits de sommeil, vous serez le premier à dévaler des pentes désertes. Autrement, optez pour l’un des autres villages de la vallée de Paznaun, par exemple Galtür, Kappl ou See. C’est peut-être l’option à privilégier si l’on compte faire le déplacement en famille. On peut également y rejoindre la Silvretta Ski Arena, soit directement par les remontées mécaniques, soit en empruntant une navette gratuite.

Et la glisse, dans tout ça ?

On allait oublier l’essentiel : le domaine skiable ! En bref, il s’étend de 1020 m à 2872 m, Ischgl étant située à 1377 m. Ses 200 km de pistes, desservis par 41 remontées mécaniques plutôt récentes, se trouvent à 90% au-dessus de 2000 m. Côté enneigement, on n’a donc pas le moindre souci à se faire, d’autant plus que la piste de retour station est généreusement équipée en neige de culture. On peut alors envisager un séjour à Ischgl de novembre à mai. Sauf année tristement exceptionnelle, la variété de l’exposition des pentes permet de profiter de bonnes conditions de neige tout au long de la saison.

Quel que soit votre niveau de pratique et la discipline que vous préférez, vous trouverez votre bonheur sur la Silvretta Ski Arena. Seuls les plus exigeants resteront peut-être sur leur faim. On leur conseillera alors de s’évader hors-piste. Le domaine est vaste, et la conjonction des versants autrichien et suisse peut emmener assez loin. Attention cependant aux avalanches. Lors de l’hiver meurtrier 98/99, le Paznauntal a été particulièrement touché. Que cela intime la prudence aux plaisantins.

Sur le domaine sécurisé, on a pensé à tous. Par exemple, les bosseurs apprécieront la descente vers Samnaun, longue piste non damée. Le télésiège Idjoch conduit les carveurs au départ d’une piste préparée méticuleusement à leur intention, et les snowboardeurs ne sont pas en reste non plus, car un half-pipe et un snowpark, le " boarders paradise ", sont entretenus en permanence. Enfin, la piste de retour station, la Silvretta Bahn, attend les amateurs de luge et les glisseurs impénitents, même de nuit.

Aux heures d’affluence, on déplore cependant que les files d’attentes ne se résorbent pas facilement. Il faut parfois patienter quelques longues minutes aux caisses pour obtenir un forfait, avant de se jeter dans une nouvelle attente aux remontées mécaniques. Le soir, la prudence est recommandée sur la piste de retour à la station, qui peut être bondée. Ceci dit, la taille du domaine est plus que suffisante pour disperser tout ce petit monde : sur les pistes, on ne craint pas la surpopulation.

 

 

En conclusion

Alors, au final, quand, et pourquoi, faire le déplacement vers la vallée de Paznaun ?

Les fêtards inconditionnels seront les premiers satisfaits, plutôt en haute saison. L’ambiance irréelle qui règne dans les pubs et les rues d’Ischgl, et qui contamine les pistes, les séduira à coup sûr. Ceux qui viennent pour la glisse –s’ils en ont les moyens– apprécieront la variété des pistes, le charme des villages et le paysage typique du Tyrol.

Mais c’est sans conteste dès la mi-mars qu’Ischgl mérite le plus d’être visitée. Véritable paradis pour les amateurs de neige de printemps, la partie du domaine située au-delà de 2000 m est en effet plus accessible, qu’il s’agisse du tarif du forfait et de l’hébergement, ou du taux de fréquentation des remontées mécaniques. D’ailleurs, à cette période, la station organise au lieu-dit Idalp, à 2300 m, la fête de la neige de printemps. Les années passées, des stars comme Tina Turner, Elton John ou Bon Jovi y ont donné un concert. Gratuit. Enfin, entendre : " inclus dans le skipass ".

 

Texte: Laurent Schillinger

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